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Guerre en Ukraine: pourquoi la France se prépare à un long conflit

Le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, a indiqué dans une interview au Parisien ce week-end que la guerre en Ukraine allait durer. Un conflit long dans lequel la France appuie l'Ukraine face aux Russes.

“Il faut se préparer à une guerre longue en Ukraine”. C’est ce que le ministre de la Défense a indiqué dimanche dans une interview au Parisien. “Nous actons le fait que la guerre va durer… Hélas”, a indiqué Sébastien Lecornu. Emmanuel Macron, sur France 2 la semaine dernière, avait dit la même chose presque mots pour mots: “On s’installe dans la guerre, cela va durer”.

L’autre message de ces deux interviews, c’est que la France aide l’Ukraine militairement, que la France va bientôt livrer encore plus d'armes, mais que la France n’est pas belligérante. Nous sommes au côté de l’Ukraine dans sa guerre, mais nous ne sommes pas en guerre contre la Russie. Enfin, troisième et dernier message qu’il faut retenir: nous devons nous-même préparer à une guerre et donc renforcer nos armées.

Le ministre de la Défense annonce une forte augmentation du nombre des réservistes civils. Ils passeraient de 60.000 à 100.000, notamment en repoussant de cinq ans les limites d'âge. Il cite l’exemple de médecins retraités qui ne sont pas mobilisables aujourd’hui et qui le seront bientôt.

Sauf que ce n’est pas avec des réservistes et de vieux médecins qu’on fait la guerre, c’est avec des soldats professionnels et du bon matériel. Et donc avec des budgets conséquents. Ce qui est le cas ces dernières années. Depuis 2017, avant même la guerre en Ukraine, le budget de la défense n’a cessé de progresser. Plus 37% en six ans, c’est considérable. Les militaires français n’ont pas à se plaindre.

L'importance de l'arme nucléaire

Sauf qu’on se demande aujourd’hui si l'armée française serait adaptée à un conflit comme celui qui a lieu en Ukraine. L’armée française est la première en Europe, la 7e dans le monde. Mais elle s’est surtout organisée pour être capable de se projeter dans des opérations extérieures. En Irak, au Kosovo, en Afghanistan, au Mali. Pas pour faire face à un conflit long et de haute intensité comme celui qui a lieu en ce moment en Ukraine. C’est le chef d’état-major des armées, le général Thierry Burkhard, qui l’a reconnu en juillet dernier devant les députés: ”Nous ne sommes pas instantanément aptes à conduire une guerre de haute intensité”, avait-il indiqué.

Un chiffre prouve ce propos. La France possède en tout environ 400 chars, alors que la Russie en a envoyé 2.000 au premier jour de la guerre et on a vu que cela n’était pas suffisant. Le journal L’Opinion s’est livré à un calcul. En cas d'agression, avec les hommes et les chars dont elle dispose, l'armée française pourrait efficacement défendre un front de 80 kilomètres. Soit la distance de Dunkerque à Lille, pas plus.

Pour tenir le choc face à une agression comme celle de la Russie contre l’Ukraine, la France manquerait principalement de blindés et de munitions pour tenir dans la durée.

En revanche, la France dispose de l’arme nucléaire. Depuis le Brexit, nous sommes le seul pays de l'Union européenne à disposer de la bombe atomique. D'où l'importance de rappeler dans quelles conditions elle pourrait être utilisée. Ce qui vient d'être fait.

Dans Le Parisien dimanche, le ministre de la Défense a rappelé que la doctrine nucléaire de la France est strictement défensive et qu'elle dépend uniquement du président de la République. C’est le Général de Gaulle qui l’a voulu ainsi.

Et c’est pour cela qu’Emmanuel Macron a fixé les règles la semaine dernière sur France 2. La bombe nucléaire française ne peut être utilisée que si nos intérêts fondamentaux sont en jeu. Ce qui ne serait pas le cas si les Russes utilisaient une arme nucléaire en Ukraine.

En février 2020, Emmanuel Macron avait fait évoluer cette doctrine, affirmant devant l’école de guerre que les intérêts vitaux de la France s'étendaient aux intérêts de l'Europe. Autrement dit, une attaque nucléaire russe sur le territoire de l’Union européenne pourrait entraîner une riposte nucléaire française, mais l’Ukraine n'est pas en Europe… La France, l'Europe et l'OTAN réagiraient certainement très fermement à une attaque nucléaire Russe. Mais ce ne serait une riposte avec des armes conventionnelles pas avec les bombes nucléaires françaises.

En ces temps troublés, c’est le message que l'exécutif a voulu faire passer ces derniers jours.

Nicolas Poincaré