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L'Allemagne est loin d'être un modèle !

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h20 sur RMC.

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Selon un sondage commandé par l'ambassade d'Allemagne à Paris, 82 % des Français ont une "bonne image" de l'Allemagne et 62 % pensent que la France doit s'inspirer du "modèle allemand". Je ne suis pas d’accord : l'Allemagne est loin d'être un pays modèle. Explications.

Ce qui crève les yeux, c'est le malentendu franco-allemand. Si l'ambassadeur a commandé cette étude, c'est qu'avec la crise de l'euro, on a vu ressurgir dans le débat public des accès d'antigermanisme qu'on n'avait plus constatés depuis longtemps. Du coup, il est rassurant de voir que les Français, en très grande majorité, n'ont pas d'hostilité envers les Allemands. Ce que montre le sondage, c'est même une forme d'admiration, presque un complexe, envers ce peuple qui serait par nature plus travailleur, plus discipliné et plus solidaire que le nôtre - donc mieux armé face à la crise. Deux générations de Français ont appris l'allemand à l'école parce que c'était censé être la langue d'une certaine élite - pendant que les Allemands, eux, apprenaient l'anglais... En réalité, les clichés ont la vie dure. Et tout n'est pas forcément enviable dans le modèle allemand.

Par exemple ? Qu'est-ce qui vous paraît critiquable dans le modèle allemand ?

Il faut se méfier de la présentation qu'en font les politiques français. Le grand mythe de la réussite allemande, c'est sa croissance économique et la rigueur de ses finances publiques. La vérité, c'est que sa croissance est presque au niveau de la nôtre (proche de zéro) et que la dette allemande est la plus élevée d'Europe - ce qui nuance la légende de la rigueur teutonne. Ce qui est souvent mis en avant, c'est la fiscalité. Il est exact que le taux d'imposition des entreprises a été réduit et qu'il est légèrement inférieur à celui pratiqué en France - mais pas pour les PME, qui sont moins taxées en France. Et pour les particuliers, il y a bien un bouclier fiscal en Allemagne (à 42 %), mais vu l'impopularité de cette mesure en France, on a peine à croire que ce soit un objet d'admiration.

Là où la politique allemande produit des résultats, c'est dans la lutte contre le chômage...

C'est vrai, mais les chiffres sont trompeurs. Il faut savoir que les chômeurs de plus de 58 ans sont écartés des statistiques. Ensuite, les réformes du gouvernement Schröder en 2010 ont effectivement fait reculer le chômage, mais il faut voir à quel prix. En Allemagne, il n'y a plus d'allocation chômage au bout d'un an et le demandeur d'emploi est obligé d'accepter la place qu'on lui propose, y compris des emplois sous-payés. C'est vrai aussi que le chômage partiel a permis d'éviter beaucoup de licenciements, mais le résultat, c'est qu'il y a 6,5 millions de salariés pauvres en Allemagne - et pas de salaire minimum dans les services. Sans compter une politique familiale inexistante, qui fait que les femmes doivent choisir entre travailler ou élever des enfants ; ce qui explique que la natalité soit en berne.

Quelle conclusion en tirez-vous ? Que la convergence franco-allemande, que préconise Nicolas Sarkozy, est une illusion ?

C'est au moins un trompe-l’œil. Les différences entre nos deux pays sont économiques et sociales, mais aussi politiques et culturelles. Paradoxalement, les syndicats ont un poids bien plus grand en Allemagne, mais la condition des salariés est mieux préservée en France. C'est là où les clichés peuvent avoir une réalité : peut-être que les Allemands acceptent plus facilement ce contre quoi nous, Français, avons tendance à résister. Et sans doute que ce que nous envions le plus, dans le modèle allemand, ce sont les résultats qu'il produit - et non les efforts qu'il nécessite.

Pour écouter le "Parti Pris" d'Hervé Gattegno de ce mardi 24 janvier 2012, cliquez ici.

Hervé Gattegno