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La première convergence franco-allemande, c'est l'électoralisme !

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h20 sur RMC.

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Angela Merkel a apporté un soutien explicite à Nicolas Sarkozy dans une interview commune diffusée hier lundi soir sur France 2 et la ZDF. Un exercice de communication qui avait quelque chose de gênant…

Trop de mise en scène pour dire trop peu de choses importantes. Le message essentiel, c'était d'afficher cette entente cordiale qui n'est rien d'autre qu'une alliance d'intérêts entre deux dirigeants qui ne s'apprécient pas beaucoup mais qui savent qu'ils ont besoin l'un de l'autre. Pour affronter la crise européenne, sans doute, mais surtout pour gagner les élections dans leurs pays respectifs (lui dans trois mois, elle dans un an). Donc quand Angela Merkel dit : "Nous sommes là en tant que chefs d'État", il faut traduire : deux candidats en campagne. Au fait, est-ce que par hasard Nicolas Sarkozy lui aurait dit à elle ce qu'il n'a pas encore dit aux Français ? Ce serait pousser un peu loin la convergence franco-allemande...

Qu'est-ce qui vous fait dire que leur entente serait factice ? Beaucoup d'observateurs expliquent que la crise les a rapprochés...

Avec Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, le couple franco-allemand est plus mal assorti que jamais. C'est même cocasse de voir à quel point chacun d'eux incarne le cliché national - le président français est aussi m'as-tu-vu et baratineur que la chancelière allemande est carrée et austère. Ils ont conduit des politiques très différentes - avec des résultats fort dissemblables aussi. Quand vous les voyez, dans les sommets internationaux, se parler à l'oreille en souriant, il faut savoir que c'est pour les caméras : en fait, ils ne se disent que des banalités - leur vrai point commun, c'est qu'ils parlent aussi mal l'anglais l'un que l'autre ! Observez qu'hier, Nicolas Sarkozy a parlé de son amitié personnelle pour Angela Merkel, mais elle n'a parlé, elle, que de leur appartenance à une même "famille politique". On choisit ses amis, mais pas sa famille...

Mais alors pourquoi Mme Merkel s'engage-t-elle pour Nicolas Sarkozy ? Qu'a-t-elle à y gagner ?

Vis-à-vis des autres pays européens, qui viennent d'adopter un pacte budgétaire qui impose à tous une rigueur à l'allemande, Mme Merkel a besoin de faire tandem avec la France pour minorer sa propre influence - pour dissiper les critiques sur l'hégémonisme allemand. Elle ne veut pas qu'on pense qu'elle impose ses décisions à l'Europe. Nicolas Sarkozy, c'est tout le contraire : il se sert du couple franco-allemand pour faire croire qu'il est aux manettes de l'Europe. L'engagement d'Angela Merkel, c'est aussi un investissement de politique intérieure : la chancelière a retrouvé une forte popularité avec la crise, mais les élections de 2013 seront difficiles pour elle. Elle sait que si les socialistes l'emportent en France, ce sera un très mauvais présage pour elle.

Et pour Nicolas Sarkozy, est-ce que ce soutien allemand est forcément positif ?

À tout prendre, il vaut mieux l'appui de Mme Merkel que son hostilité. Et puis c'est un atout supplémentaire pour un président qui veut à tout prix incarner la stabilité et la continuité. À la façon dont elle a repoussé hier l'idée de recevoir François Hollande à Berlin, on peut mesurer la crédibilité de la promesse du candidat socialiste de renégocier les traités européens s'il est élu. D'un autre côté, le modèle allemand, ce n'est pas non plus le paradis sur terre : plus de pauvres, moins d'aides sociales, zéro politique familiale. Si Nicolas Sarkozy en fait son thème de campagne, il prend un risque de plus. La grosse bertha électorale peut aussi devenir un boulet...

Ecoutez ci-dessous le "Parti Pris" d'Hervé Gattegno de ce lundi 6 février 2012 :

Hervé Gattegno