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Où en sont les enquêtes sur l'explosion des gazoducs Nord Stream en mer Baltique?

Les enquêtes sur les explosions des gazoducs Nord Stream en mer Baltique se poursuivent. S'il est quasiment acquis qu'il s'agit d'un sabotage, la question de la responsabilité de celui-ci est entière.

L’enquête sur l’explosion du gazoduc NordStream fin septembre en mer Baltique se poursuit. Une explosion qui est le résultat d’un sabotage. En effet, c’est presque une certitude, les deux gazoducs Nord Stream 1 et Nord Stream 2 qui relient la Russie à l’Allemagne en mer Baltique ont bien été sabotés. La question, c’est par qui? Pour faire simple, d’un côté, les Russes qui accusent des militaires anglais d’avoir dirigé et coordonné ce sabotage, tout en expliquant que les Occidentaux leur interdisent la zone pour mener leur propre enquête. De l’autre, trois enquêtes distinctes menées dans le plus grand secret par le Danemark, la Suède et l’Allemagne.

Que disent-elles, ces enquêtes? Le 27 septembre, les sismographes suédois détectent une violente secousse au fond de la mer Baltique au sud de l’île de Bornholm, un site viking qui appartient au Danemark. Quelques heures plus tard, les mêmes sismographes relèvent une série d’explosions sous-marines un peu plus loin, au large de la côte nord-est de l’île. D’une puissance de 2,3 sur l'échelle de Richter. Le résultat, le lendemain matin, ce sont ces énormes nappes de méthane bouillonnant à la surface de l’océan.

Un mois plus tard, les premières images sous-marines ont été rendues publiques. On y voit des trous béants dans les deux pipelines sur près de 50 mètres, du métal tordu. Donc, pas de doute, il y a bien eu sabotage. Dès le 29 septembre, la Suède et le Danemark ont d’ailleurs adressé une lettre au Conseil de Sécurité de l’ONU précisant que plusieurs centaines de kilos d’explosifs avaient été utilisés. C’est tout ce que les enquêteurs ont bien voulu divulguer. Pour le reste, on est encore au stade des hypothèses.

Pourquoi autant de secrets? D’abord à cause du contexte. La guerre qui continue en Ukraine, qui reste une guerre à l’issue plus que jamais incertaine. Ensuite, les sanctions économiques contre la Russie et la crise énergétique qui en résulte. Mais surtout, les conséquences de l’enquête sont telles que les services de renseignements veulent réunir des preuves irréfutables, tangibles, certaines et pas seulement se baser sur des spéculations. C’est ce qu’a expliqué la semaine dernière le commandant Kristoffersen, un officier de la marine danoise. “Des conclusions provisoires ou non coordonnées pourraient entraîner des réactions qui ne seraient pas utiles à ce stade”, indiquait-il. En d’autres termes, une escalade militaire incontrôlable.

Pas d'enquête russe

C’est là où on s’approche des romans d’espionnage. Les services secrets des pays concernés enquêtent tous azimuts. On agite des contacts dans le monde entier. On tente de remonter le circuit des explosifs utilisés. On essaie de voir qui s’est approché de la zone avant les explosions. On échange des informations entre services de renseignements.

Il y a aussi une enquête sur zone, sous la mer. Il faut plonger à 80 mètres de profondeur. C’est le tabloïd suédois Expressen qui a publié les premières images sous-marines la semaine dernière grâce à un opérateur norvégien de drones submersibles, Blue Eye Robotics. Ces images montrent un trou béant de 50 mètres de long, mais, bizarrement, très peu de débris sur zone. Alors soit l’explosion et le gaz qui s’est échappé des pipelines ont repoussé très loin les débris, ou alors ils ont été enlevés par les enquêteurs.

Les Suédois ont procédé à une inspection sous-marine du site et collecté des pièces à convictions. Les services de renseignement danois ont également effectué plusieurs inspections des fuites. Quant aux enquêteurs allemands, ils ont envoyé un navire équipé de drones sous-marins et un robot de plongée pour passer au peigne fin les fonds marins à la recherche de preuves. À l’heure où on se parle, les autorités danoises interdisent toujours le trafic maritime, commercial et militaire, au-dessus du lieu de l’explosion. En revanche, les patrouilles sont incessantes pour sécuriser tous les autres réseaux de câbles et de pipelines dans la Baltique, notamment ceux qui relient la Norvège à la Grande-Bretagne et au continent européen et autour d’un autre gazoduc, le Baltic Pipe, qui transporte du gaz norvégien vers la Pologne.

Du coup, les Russes, eux, n’ont pas pu mener leur propre enquête sur le lieu des explosions. Pourtant les gazoducs, qui courent sur plus de 1.200 kilomètres et ont coûté chacun plus de 12 milliards d’euros, appartiennent au russe Gazprom. D’où les déclarations du porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, qui accuse l’Allemagne, la France et le Danemark de mener une enquête “à huis clos” avec la seule intention de “rejeter la faute sur la Russie”.

Laurent Neumann