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Peine de mort, la honte de l'Amérique !

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h25 sur RMC.

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Alors que la France a aboli la peine capitale il y a 30 ans tout juste, la justice américaine va exécuter ce mercredi Troy Davis, un homme de 42 ans condamné il y a 20 ans pour le meurtre d'un policier dans l'Etat de Géorgie.

Il y a cette coïncidence avec l’abolition en France, en 1981, qui a de quoi nous toucher particulièrement. Mais l’exécution d’aujourd’hui va survenir aussi au moment où les dirigeants du monde entier sont à New York pour l’assemblée générale de l’ONU. Alors on a beau savoir que les Etats-Unis continuent encore, régulièrement, à condamner à mort et à exécuter des hommes, c’est toujours un symbole assez désespérant. C’est comme une sorte de virus de barbarie dans le logiciel démocratique américain. Les Etats-Unis sont une très grande démocratie – peut-être la plus grande du monde ; mais c’est une démocratie inachevée, imparfaite, souillée même par cette pratique.

Est-ce que la peine de mort est un bon critère pour juger les démocraties ? Beaucoup de pays moins libres que les Etats-Unis ont aboli la peine de mort...

C’est vrai. La Tunisie de Ben Ali l’avait supprimée. La Turquie l’a abolie, comme la plupart des pays d’Afrique. Mais ce qui frappe, c’est que sur la liste des pays qui appliquent la peine capitale, hormis les Etats-Unis, il y a surtout des pays totalitaires et des régimes autoritaires : la Chine, le Pakistan, les Emirats, l’Iran, Cuba. C’est la preuve que la peine de mort est la pratique qui rapproche le plus la démocratie de la dictature. Même si la justice américaine offre des garanties – les accusés ont des droits, les juges sont indépendants –, elle donne à l’Etat le droit de disposer de la vie de ses citoyens. Donc d’en éliminer certains. Une civilisation qui accepte cela, qui le revendique, se déshonore.

Les sondages montrent régulièrement qu'une large majorité d'Américains reste favorable à la peine de mort. Donc, d'une certaine façon, c'est aussi l'expression d'une volonté démocratique ?

C’est un argument qui peut se discuter. Robert Badinter expliquait, avant 1981, que l’abolition était inéluctable parce que les jurés qui avaient le pouvoir de prononcer la peine de mort le faisaient de moins en moins. La même évolution est en cours aux Etats-Unis. Les jurés envoient chaque année moins de prisonniers dans les couloirs de la mort que l’année précédente. L’évolution des techniques d’enquête, l’ADN notamment, sauve de plus en plus de condamnés avant qu’ils soient exécutés – ce qui montre qu’aucun système n’est à l’abri des erreurs judiciaires. Et il n’y a plus que 34 Etats sur 50 où la peine capitale est inscrite dans la loi.

Il n'empêche qu'aucun candidat à la Maison Blanche ne peut se risquer à promettre l'abolition. Il serait battu à coup sûr ?

Même Barack Obama n’a pas osé, alors qu’on sait bien qu’il est plutôt hostile à la peine de mort – d’ailleurs son Etat, l’Illinois, l’a abolie cet été. Et Bill Clinton, lui, avait même fait voter une loi pour limiter les recours en faveur des condamnés à mort. La vérité, c’est que c’est une tradition qui va avec la violence de la société américaine, comme la question des armes en vente libre. En même temps, ce modèle américain est aussi celui du tout répressif, de la fameuse « tolérance zéro », des polices surarmées et des prisons privées. Et c’est aussi celui qui connaît le taux de criminalité le plus élevé parmi les grands pays occidentaux. C’est une contradiction qui devrait faire réfléchir tous ceux qui continuent à croire à la prétendue exemplarité de la peine de mort. Jusque chez nous.

Ecoutez ci-dessous le "Parti pris" de ce mercredi 21 septembre 2011 avec Hervé Gattégno et Jean-Jacques Bourdin :

Hervé Gattegno