RMC

Pourquoi la France dénonce "l’agressivité croissante" de l’Iran

En marge du G20 à Bali, Emmanuel Macron a dénoncé "l’agressivité croissante" de l’Iran contre la France. Sept Français sont actuellement détenus arbitrairement par le régime islamiste.

L’Iran prétend avoir arrêté plusieurs espions français. La France dément et affirme que sept Français sont actuellement détenus arbitrairement, dans ce pays qui est en proie à une révolution… Et en marge de cette révolution contre le régime islamiste, on assiste effectivement à un étonnant bras de fer entre Paris et Téhéran.

Le ministre de l'Intérieur iranien a affirmé ce mercredi à la télévision qu’un certain nombre d'étrangers ont été arrêtés pendant les manifestations, et que certains étaient des membres des services de renseignements français, autrement dit des espions. Et le ministre a ajouté: ils seront traités conformément à la loi. La loi, qui prévoit la peine de mort pour espionnage…

Emmanuel Macron a aussitôt réagi. Depuis le G20 à Bali, il a dénoncé ce qu’il appelle des prises d’otages inadmissibles. Il a parlé de "l’agressivité croissante" de l’Iran à l'égard de la France et a appelé Téhéran à revenir au calme.

Le Quai d'Orsay, de son côté, dénonce des détentions arbitraires. Catherine Colonna, la ministre des Affaires étrangères, a précisé que sept ressortissants français sont actuellement détenus en Iran. Elle dénonce aussi ce qu’elle appelle une diplomatie des otages.

Un touriste et des enseignants

Il y a parmi eux un touriste de 36 ans, Benjamin Brière, qui voulait traverser l’Iran en camping-car. Il a été arrêté alors qu’il faisait des photos avec un drone dans un parc naturel. Il a été condamné à 8 ans de prison pour espionnage et propagande contre le système… Sa sœur indique qu’il est à bout de souffle, qu’il n’en peut plus….

Fariba Adelkhah est une anthropologue de 60 ans, prof à Sciences Po Paris, arrêtée avec son compagnon Roland Marchal en 2019. Ce dernier a ensuite été libéré, échangé contre un Iranien détenu en France. Fariba Adelkhah a été condamnée à 5 ans, pour atteinte à la sûreté de l'État. Un moment libérée sous bracelet électronique, elle a ensuite été incarcérée à la terrible prison d'Evin. Son dossier est suivi directement par l’Elysée.

Et puis il y a un couple dont le cas est très inquiétant, Cécile Kohler et Jacques Paris. Elle est professeur de Français dans un collège des Yvelines et syndicaliste, lui est à la retraite. En mai dernier à Téhéran, elle a rencontré des enseignants iraniens qui étaient en grève. Quelques jours plus tard, elle a été arrêtée à l’aéroport avec son compagnon au moment où ils quittaient le pays.

Le mois dernier, la télévision d’Etat a diffusé une vidéo dans laquelle on voit Cécile Kohler affirmant être un agent de la DGSE. Autrement dit, reconnaissant être une espionne. Ce que la France naturellement dément, ainsi que ses collègues de travail dans les Yvelines.

C’est inquiétant parce que l’on imagine les pressions que cette femme a dû subir pour être obligée de faire ses faux aveux télévisés… Le ministère français des Affaires étrangères a dénoncé la mise en scène et les pratiques dignes des pires régimes dictatoriaux.

Des condamnations à mort pour avoir manifesté

Et tout cela se passe dans un pays qui est en pleine révolution. L'incroyable révolution des femmes et de la jeunesse contre le régime ultra religieux.

C’est sans doute la première révolution féministe de l’histoire de l’humanité. Et la mobilisation ne faiblit pas, deux mois exactement après la mort de Mahsa Amini, cette jeune fille qui portait mal son voile.

Dans tout le pays, et tous les jours, des femmes manifestent cheveux au vent contre le régime des mollahs. Mais la répression est de plus en plus forte. Selon l’ONG “Iran Human Rights”, au moins 326 personnes ont été tuées par les forces de l’ordre, dont 43 enfants…

On estime qu’au moins 14.000 manifestants et manifestantes ont été arrêtés et sont actuellement emprisonnés. Les députés ont signé ce week-end un texte pour demander que la justice soit la plus ferme possible et applique la loi du talion… Ce qui veut dire que l’on peut craindre une vague d'exécution.

Mercredi, trois manifestants ont été condamnés à mort, en plus des deux premiers qui avaient été condamnés dimanche et lundi. Cinq hommes qui risquent la pendaison pour avoir manifesté.

Nicolas Poincaré