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Qu'est-ce que l'"affaire des financements libyens" qui poursuit Nicolas Sarkozy depuis plus de 7 ans?

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EXPLIQUEZ-NOUS - Dans cette affaire, Nicolas Sarkozy est soupçonné d’avoir financé sa première campagne présidentielle en 2007, grâce à de l’argent Libyen, et donc grâce au colonel Kadhafi.

Un nouveau rebondissement dans l’affaire du supposé financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy. Le principal accusateur, Ziad Takieddine, affirme maintenant avoir menti.

Cette affaire, c’est une enquête judiciaire qui dure depuis 7 ans et demi. Nicolas Sarkozy est soupçonné d’avoir financé sa première campagne présidentielle en 2007, grâce à de l’argent Libyen, et donc grâce au colonel Kadhafi. Nicolas Sarkozy a été mis en examen une première fois en 2018 pour “corruption”, puis une deuxième fois il y a trois semaines seulement pour "association de malfaiteurs".

À l’origine, les accusations de Ziad Takieddine

Plus exactement à l’origine il y a un document publié par "Mediapart" entre les deux tours de la présidentielle suivante en 2012. Puis effectivement, les accusations de Takieddine vont renforcer l’accusation. Takiedddine, c’est un intermédiaire en vente d'armes. Un Franco- Libanais de 70 ans.

Il a régulièrement accusé Nicolas Sarkozy d'avoir touché cet argent libyen et il s’est accusé lui-même d’avoir servi d'intermédiaire. Par des virements bancaires ou en transportant des valises. Il a par exemple raconté avoir remis 5 millions d’euros en liquide à Claude Guéant, le directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy et à Nicolas Sarkozy lui-même dans ses appartements privés du ministère de l'intérieur en 2007. 

Mercredi soir soudain, il change d’avis et déclare que tout était faux

Et voilà ! patatra ! Dans une interview filmée par Paris Match dans les rues de Beyrouth, il déclare calmement: "Il n’y a pas eu de financement Libyen. Kadhafi ne faisait jamais cela. J’ai accusé Nicolas Sarkozy pour dire ce que les juges voulaient entendre".

C’est un rebondissement. Mais le problème, c’est que ces accusations, il ne les a pas portées que devant les premiers juges. Il les a répétés au début de cette année encore devant les nouveaux juges d’instruction et surtout il a raconté tout cela en détail devant les journalistes. Ici-même sur RMC et BFMTV avec Jean-Jacques Bourdin en 2013. Il l’avait aussi affirmé à Nicolas Poincaré les yeux dans les yeux. Il a donné des conférences de presse. Il a accepté des interviews filmées et très détaillées. Bref, cela fait presque 8 ans qu’il accuse Nicolas Sarkozy et ses proches. Avant de faire cette spectaculaire volte-face mercredi. 

Des propos tenus depuis Beyrouth parce que l’homme d’affaires est en fuite. Il a été condamné en juin dernier à Paris à 5 ans de prison ferme pour l’affaire Karachi, des ventes d’armes au Pakistan qui avait financé le clan Balladur en 1995. Trois jours avant sa condamnation, Ziad Takieddine était parti se réfugier au Liban. Pays qui comme beaucoup d’autres d’ailleurs, n’extrade pas ses ressortissants.

Nicolas Sarkozy triomphe

Dans un communiqué Nicolas Sarkozy s’exclame : « Enfin la vérité éclate ! ». Il demande la levée de ses mises en examen”. Autrement dit l’abandon des deux accusations de corruption et d’association de malfaiteurs. Et il annonce qu’il porte plainte contre Takieddine pour dénonciation calomnieuse.

Sans les accusations de Takieddine, que reste-t-il dans le dossier ?

C’est toute la question. D'après le clan Sarkozy, il ne reste rien, puisqu’aucune preuve n’a été trouvée et que l’accusation reposait entièrement sur ces accusations. 

D'après “Mediapart” au contraire, de nombreux éléments incriminent l’ancien président et ses proches.

Le mois dernier, Nicolas Sarkozy a été entendu au Palais de justice de Paris, pendant 40 heures étalées sur quatre jours. Un traitement réservé habituellement aux mafieux. Un traitement que Nicolas Sarkozy a d’ailleurs reproché à ses juges en le qualifiant de “dégueulasse”... 

Il a été interrogé sur les nombreux déplacements en Libye de Claude Guéant et de Brice Hortefeux, ses deux plus proches collaborateurs à l'époque. Et sur leurs liens avérés avec les Libyens. Nicolas Sarkozy a répondu qu’il n’en était pas responsable et que ses collaborateurs avaient commis des erreurs. Autrement dit, il a pris ses distances avec ses amis, eux aussi mis en examen. 

L’instruction va maintenant se poursuivre. Elle est interminable. Mais il faudra qu’un jour la justice essaie de répondre à la question : Est-ce que oui ou non, il y a 13 ans, un dictateur a financé une campagne présidentielle française victorieuse?

Nicolas Poincaré