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Quand Nicolas Sarkozy «donne la météo»

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Après la TVA sociale, voici la taxe sur les transactions financières. La taxation des échanges financiers est au menu de la rencontre Sarkozy-Merkel ce lundi à Berlin. Une chose est sûre: le Président donne le tempo de la campagne présidentielle.

Tous les jours, il "donne la météo". C'est une technique d'occupation du terrain politique et médiatique dans laquelle excelle Nicolas Sarkozy. Non seulement il donne la météo tous les jours, c'est-à-dire qu'il fait l'actu, mais en plus il s'amuse à brouiller les pistes avec la taxe sur les transactions financières qu'il veut mettre en place en France le plus rapidement possible. Il prend tout le monde de revers, il est applaudi par le Front de gauche de Jean-Luc Mélenchon et vivement critiqué par la patronne des patrons, Laurence Parisot. "Chiche, c'est tout de suite!" a répondu le Front de gauche dans un communiqué ce week-end. Arnaud Montebourg a déclaré hier dimanche sur France 3: "Cette taxe, je vais la voter et je prends Nicolas Sarkozy au mot". Eva Joly s'est dite "heureuse" hier soir sur BFM TV-RMC 2012 de voir ses propositions reprises. Et à l'inverse, Laurence Parisot a estimé que c'était un mauvais coup porté au financement de l'économie française. Cela s'appelle un tour de passe-passe politique.

Il y a 11 ans, Sarkozy était contre

Le chef de l'Etat est-il crédible sur la question ? Cela dépend de quel Nicolas Sarkozy on parle. Celui de Vendredi: "La France milite pour la mise en place d'une taxe sur les transactions financières. Nous n'attendrons pas que tous les autres soient d'accord pour la mettre en oeuvre. Nous la mettrons en oeuvre parce que nous y croyons". Ou alors du Nicolas Sarkozy d'il y a 11 ans: "La taxe Tobin est une absurdité parce que nous, nous taxerons et aucun autre pays ne le fera. Si nous le faisons en France, on va encore la payer de dizaines de milliers de chômeurs supplémentaires".

Une stratégie électorale risquée

C'est vrai, mais avouez quand même que Nicolas Sarkozy a l'air de rebattre les cartes en campagne. Certes, cela fait un certain temps qu'il s'est converti à cette taxe qui vient de la gauche de la gauche. Simplement, c'est la première fois qu'il annonce que la France sera la première et pour l'instant la seule à la mettre en oeuvre. Et cela peut paraitre risqué car les transactions financières, les spéculations se feront quand même mais elles ne passeront pas par la bourse de Paris, ni par les banques françaises. On risque donc de perdre de l'activité et des emplois. En plus, on va encore se brouiller avec les Allemands qui eux aussi sont pour cette taxe mais à l'échelle européenne. Angela Merkel qui reçoit Nicolas Sarkozy ce midi ne manquera pas de lui faire remarquer que sa stratégie électorale risque de rendre plus compliquée l'obtention d'un consensus en Europe.

Sarkozy sur tous les fronts, Hollande reste muet

Arnaud Montebourg se disait prêt à voter la taxe. Les socialistes ont même défendu et voté fin Novembre dans un amendement la création d'une telle taxe lors de l'examen du projet de loi de finances au Sénat. D'un taux de 0,5%, la taxe a été votée à la quasi-unanimité par le Sénat mais le gouvernement s'est alors opposé à la taxe. Cela désespère l'entourage de François Hollande qui aurait aimé que ce soit leur candidat qui soit à l'origine de cette accélération du calendrier. "Moins j'en dis, mieux je me porte", pour l'instant c'est le mot d'ordre du candidat PS. A l'inverse, "plus j'en dis, plus je monte", c'est ce que pense Nicolas Sarkozy qui n'est plus qu'à 2 points de François Hollande dans les intentions de vote au 1er tour.

Écoutez la chronique de Christophe Jakubyszyn, "Les coulisses de la politique" du lundi 9 janvier à 7h20.

Christophe Jakubyszyn