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"Rainbow Gate" à l'Euro: on vous explique la polémique entre l'UEFA, l'Allemagne et la Hongrie

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Le match entre l'Allemagne et la Hongrie est au cœur d'une polémique liée à une loi homophobe adoptée par le parlement hongrois. L'UEFA, la plus haute instance du foot européen a refusé que l'Allianz Arena de Munich, où doit se dérouler la rencontre se pare des couleurs du drapeau arc-en-ciel. Au grand dam des autorités allemandes et françaises notamment.

"Couvrez ces couleurs que je ne saurais voir. Par de pareils objets, les âmes sont blessées", aurait pu ironiser Molière s'il avait suivi l'Euro 2020 en grand supporter de Kylian Mbappé, Karim Benzema et Raphaël Varane. Car cet Euro est troublé par les couleurs de la discorde, celle du drapeau arc-en-ciel, symbole de la fierté LGBTQI et au centre de tensions entre l'Allemagne et la Hongrie qui s'affrontent ce mercredi à 21h à Munich.

La raison? La décision de l'UEFA, la plus haute instance du Football européen qui organise notamment l'Euro, d'interdire à la municipalité de Munich d'illuminer aux couleurs du drapeau arc-en-ciel l'Allianz Arena, le stade où doit se dérouler la rencontre, en protestation contre une loi hongroise jugée homophobe.

Car la polémique a comme point de départ une loi hongroise jugée homophobe. Le 15 juin dernier, le parlement hongrois a adopté un texte interdisant la "promotion" de l'homosexualité auprès des mineurs, dans un pays qui avait déjà en décembre dernier, rendu impossible aux couples de même sexe l'adoption et interdit l'inscription du changement de sexe à l'état civil.

La loi pourrait interdire des programmes éducatifs et limiter l'accès à certaines œuvres

La nouvelle loi stipule que "la pornographie et les contenus qui représentent la sexualité ou promeuvent la déviation de l'identité de genre, le changement de sexe et l'homosexualité, ne doivent pas être accessibles aux moins de 18 ans".

Concrètement, cette loi pourrait conduire à interdire des programmes éducatifs, des publicités et des livres où sont évoqués l'homosexualité. Les films et séries évoquant le sujet pourraient eux devenir interdit aux moins de 18 ans, s'inquiètent plusieurs ONG.

"Une honte"

L'Union européenne s'est émue de l'adoption de cette loi par l'un de ses pays membres, alors que la charte des droits fondamentaux proscrit les discriminations, notamment celles basées sur l'orientation sexuelle. Treize pays dont la France ont fait part mardi de leur "profonde inquiétude quant à l'adoption d'amendements discriminatoires à l'égard de personnes LGBTQI", pressant Bruxelles d'agir.

C'est "une honte" et un texte qui va à l'encontre "des valeurs fondamentales de l'UE", a estimé mercredi la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.

De son côté, l'UEFA a justifié cette interdiction en évoquant un acte politique, en contradiction avec ses principes qui veulent exclurent des terrains tout acte politique justement. Et pour tenter de faire amende honorable, l'instance s'est parée d'un logo au couleur du drapeau arc-en-ciel sur Twitter.

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"En renonçant à ces valeurs, c’est un acte politique qui est pris"

Ce mercredi, à quelques heures du match, l'Elysée a cette fois évoqué l'UEFA et a assuré regretter profondément la décision de l'instance d'empêcher l'illumination de l'Allianz Arena: 

"Nous avons des regrets, car l'UEFA est certes une instance religieusement neutre et apolitique, mais elle a des valeurs, et a souvent fait la promotion du respect et des droits des minorités, fait savoir une source au palais. De ce point de vue-là, elle renonce à ces valeurs. Elle ne veut pas en faire un acte politique, mais en renonçant à ces valeurs, c’est un acte politique qui est pris", a assuré la présidence.

Reste une question: face à cette polémique et après celle du genou à terre contre le racisme, les stades doivent-ils devenir une arène politique?

De la politique dans les stades?

Sur RMC, la radio du football, la question divise. Durant "Neumann/Lechypre", Daniel Riolo dénonce l'ingérence de certains pays: "Défends tes valeurs mais ne va pas chez l'autre pour lui dire ce qu'il doit faire!" a-t-il expliqué. 

Quelques heures auparavant, l'ancien joueur professionnel, Ouissem Belgacem, qui a révélé son homosexualité, dénonce "L'homophobie systémique dans le football".

"Illuminer le stade en arc-en-ciel, ça aurait montré un vrai soutien des institutions sportives (à la cause LGBT). C'est un message fort qui aurait pu être envoyé. L'UEFA n'a pas montré de soutien (...) ni que les choses allaient dans le bon sens" Et d'insister: "Je trouve triste que l'UEFA ne saisisse pas la perche. Sous prétexte d'être neutre, c'est montrer qu'on est pas forcément pour".

Avant de noter: "Depuis quand être contre le racisme (...), c'est être politique? Pour moi ce sont des valeurs transversales, qui dépassent le politique le religion ou autre. Montrer de l'ouverture d'esprit, ce sont les valeurs que l'UEFA est censée porter. Être anti-raciste ou anti-homophobe c'est pas de la politique, c'est du bon sens". 

Sur le terrain, l'Allemagne doit battre la Hongrie pour espérer se qualifier pour les huitièmes de finale. Les Hongrois sont eux condamnés à l'exploit et la victoire pour espérer continuer l'aventure. Pendant le match, les stades du pays seront, en réponse au "Rainbow Gate", parés des couleurs du drapeau hongrois. Et à Munich, certains bâtiments sur lesquels l'UEFA n'a aucune autorité, arboreront eux les couleurs du drapeau arc-en-ciel.

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G.D.