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Ukraine: doit-on s'inquiéter de la situation des centrales nucléaires?

Depuis le début de la guerre, les inspecteurs de l'AIEA n'ont pas pu visiter la centrale de Zaporijia, ni accéder à ses données. La situation est assez préoccupante selon l'institution.

Le chef de l'agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) Rafael Gross a qualifié jeudi de "préoccupante" la situation de la centrale nucléaire de Zaporijia en Ukraine. Et pour cause, cette centrale mise en service il y a une quarantaine d'années est la plus puissante d'Europe avec ses six réacteurs.

Elle se trouve au sud du pays, au bord du Dniepr, le grand fleuve qui coupe en deux l’Ukraine, et l’armée russe en a pris le contrôle le 4 mars dernier. La veille, les Russes l’avaient bombardée, provoquant un incendie qui aurait pu donner lieu à une catastrophe. Il a finalement été demandé au personnel ukrainien de rester sur place pour assurer le fonctionnement de la centrale.

Des missiles russes proches de la centrale

Si cinq réacteurs sur six sont désormais à l'arrêt, les autorités nucléaires ont encore de quoi s'inquiéter. En effet, l'AIEA a pour doctrine de pouvoir visiter toutes les centrales à tout moment et d’avoir accès en temps réel à toutes les données du site. Or, les inspecteurs de l'agence n'ont pas pu accéder à ces informations et n'ont pas eu accès à la centrale de Zaporijia depuis le début de la guerre.

L'AIEA s'inquiète aussi d'un risque de surchauffe et d'accident en cas de coupure de courant. Car la centrale a besoin de beaucoup d'électricité pour assurer le refroidissement des réacteurs. Autre source d'inquiétude pour l'agence: elle a reçu des vidéos montrant des missiles russes frôlant la centrale ces derniers jours.

Retour à la normalité à Tchernobyl

La centrale de Tchernobyl a aussi nourri des inquiétudes ces dernières semaines. Mais la situation est différente puisque cette centrale est complètement à l'arrêt. Elle avait subi, en avril 1986, le plus grave accident de l’histoire du nucléaire dans le monde. Le réacteur numéro quatre était entré en fusion dégageant un énorme nuage radioactif qui a touché toute l'Europe. Il est depuis sous un sarcophage de béton mais ces ruines resteront radioactives pendant plusieurs millénaires et elles doivent être surveillées en permanence.

L'armée russe a pris le contrôle de Tchernobyl dès le début de la guerre en Ukraine. Les soldats ont creusé des tranchées et se sont installés autour du site dans une zone jugée très dangereuse, avant de quitter la centrale le 31 mars au moment où l'armée russe a abandonné le nord du pays. Depuis, les autorités ukrainiennes en ont repris le contrôle et la situation y est redevenue normale, d'après le chef de l’AIEA qui était sur place mercredi.

C'est la première fois que l’on assiste à une guerre dans un pays “nucléaire”. Les quatre centrales ukrainiennes sont jugées très sûres, avec des systèmes de sécurité modernes, des murs de béton d’un mètre d'épaisseur qui protègent les réacteurs et les bassins de refroidissement. Ils ont été conçus pour prévenir tout type d’accident ou de catastrophe naturelle, mais pas pour résister à une guerre, à des bombardements, à des missiles ou à des sabotages.

La menace du missile Sarmat

En parallèle des inquiétudes liées aux centrales nucléaires, il existe aussi dans cette guerre un risque d’utilisation des armes nucléaires militaires. Les Russes ne cessent d’en agiter la menace. Dès le début de la guerre, Vladimir Poutine a ordonné la mobilisation des forces de dissuasion nucléaire.

Le 20 avril, l'armée a procédé à un tir d’essai du dernier né des missiles intercontinentaux, le Sarmat, dit Satan deux. Cette fusée est capable de contenir 12 têtes nucléaires, d'atteindre n’importe quelle capitale européenne en cinq minutes et de provoquer une explosion 2000 fois plus puissante que celle d'Hiroshima.

Mais les Occidentaux ne se laissent pas impressionner par cette menace, puisqu’ils ont décidé mercredi d'accélérer les livraisons d’armement lourd à l’Ukraine. La France va livrer 12 canons Caesar, ultra modernes, et forme des artilleurs ukrainiens à Canjuers dans le Var.

L'Allemagne va envoyer des tanks et les Etats-Unis promettent 20 milliards de dollars d’équipement militaire. Des armes qui marquent un tournant dans la guerre et dans l'engagement de l’OTAN, et ce malgré le risque nucléaire.

Nicolas Poincaré avec Emilie Roussey