RMC

«Intouchables»: comment expliquer l'incroyable succès ?

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h20 sur RMC.

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h20 sur RMC. - -

Sorti le 2 novembre au cinéma, « Intouchables » fait un triomphe avec près de 4 millions d’entrées. Le film, rencontre entre un jeune de banlieue et un aristocrate handicapé, est bien plus qu'une comédie réussie. C'est un réquisitoire contre l’immobilisme français.

« Intouchables » est tout sauf un film à thèse ou à message. C'est donc un réquisitoire. Mais joyeux, drôle et émouvant. Or quand un film rencontre une telle sympathie, que les spectateurs applaudissent dans la salle et qu’à la sortie, tout le monde parle de « bonheur » et d’« optimisme » alors que l’actualité n’est pas spécialement guillerette, c’est tentant d’avancer une explication ou deux à ce petit phénomène. La 1ère qui saute aux yeux, c’est que le film est rempli de bons sentiments : tolérance, fraternité, solidarité. Des valeurs qui tiennent chaud en temps de crise. La 2ème, c’est qu’on peut aussi y voir, c’est vrai, une métaphore de la France immobile qui ne demanderait pas mieux que de se ranimer, de bouger, mais qui ne sait plus comment faire.

L'avenir de la France passe-t-il par les banlieues ?

D’une certaine façon, la morale du film est que l'avenir de la France passe par les banlieues – et convenons qu’elle est naïve et même un peu bébête. Mais ça ne rend que plus remarquable le succès d’« Intouchables ». Personne ne croit à cette merveilleuse entente entre les riches et les pauvres, les blancs et les noirs, les handicapés et les valides (même si le scénario est inspiré d’une histoire vraie). Mais tout indique qu’il reste beaucoup de Français pour rêver d’un pays solidaire et réconcilié. On est loin des populismes extrémistes qui analysent toujours la différence comme une menace ; et loin aussi du marketing électoral qui classe les électeurs en catégories et qui souligne les clivages. De ce point de vue, « Intouchables », c’est le contraire de « Bienvenue chez les Chtis », qui pouvait être vu comme une célébration du repli sur soi identitaire – et qui était surtout particulièrement lourdingue.

La France est-elle devenue une société de castes ?

Il n’y a pas d’intention politique dans le film, mais on ne peut s'empêcher de penser, par le titre, aux castes d'Inde. Les deux personnages ont beau s’entraider, ils restent attachés à leur monde sans pouvoir en sortir. En Français, « intouchable » a deux sens : c’est à fois ce (ou celui) qu’on n’a pas le droit de toucher et celui qui est au-dessus de la critique, voire de la loi. Les deux personnages du film sont intouchables chacun à sa façon. Et peut-être que c’est une synthèse de l’esprit français aujourd’hui : d’un côté le besoin d’être protégé, parfois même assisté ; de l’autre, le désir d’être privilégié. C’est-à-dire deux moyens d’échapper aux difficultés, de n’être pas frappé, pas touché, par la crise. « Intouchables », c’est une France de conte de fées… au moment où la France fait ses comptes.

Un film à conseiller aux candidats à la présidentielle ?

On pourrait conseiller « Intouchables » à certains candidats pour 2012 plus qu’à d’autres. A N. Sarkozy pour qu’il se rappelle que sa mission est aussi de faire coexister les plus riches et les plus pauvres – si possible harmonieusement. A F. Hollande, pour qu’il se rappelle qu’on ne peut rien gagner sans bouger. Et à J-L Mélenchon et à M. Le Pen, pour voir sur lequel des deux cette dose de bons sentiments aura fait le plus d’effet…

Hervé Gattegno