RMC

JO dans la baie de Rio: "on essaie de ne pas boire la tasse"

-

- - AFP

La baie de Guanaraba accueille les compétitions de voile et windsurf pendant les JO. Et si le panorama est idyllique, la qualité de l'eau, elle, laisse à désirer.

A première vue, la baie de Rio est superbe. Paysage magnifique, comme Rio peut en proposer. 380 kilomètres carrés, entourés de montagne, Bertrand du Mortier de la délégation française de voile adore: "C'est génial parce que vous avez le Corcovado qui vous regarde, c'est vraiment un endroit magique pour naviguer".

Sauf qu’une baie, c’est un paysage, c’est du vent, mais c’est aussi l’eau. Et là, le problème est réel. 65% des eaux usées de la ville s’y déversent.

Et Ricardo, qui se faisait bronzer hier sur la page de Flamengo, à deux pas du site olympique de voile, réfléchit à deux fois quand il s’agit de se jeter à l’eau: "Quand elle est polluée, non, je ne rentre pas là-dedans. Parfois il y a des plaque d’huile, d’essence. Parfois l’eau sent mauvais et la couleur fait peur. Quand la qualité est meilleure, je me baigne, mais je n’emmène pas les enfants, parce qu’ils ont tendance à avaler l’eau. En ce moment ça va, il y a deux sorties d’égout à côté, ils les ont fermés pour les JO, mais on verra bien après les Jeux".

"Des matelas et des télévisions qui flottent"

Le biologiste français Jean Valentin, installé ici depuis une quarantaine d’années, lui n’irait même pas mettre un pied: "Pas au bord de la baie, ah non! Il y a de tout, des bactéries, il y a des matelas et des télévisions qui flottent. Et puis les égouts s'y jettent".

Alors même si ça semble insuffisant, les autorités ont fait des efforts. Ce n’est pas aussi horrible qu’il y a quelques années. Certains pêcheurs l’ont d’ailleurs constaté. Ils sont nombreux autour de cette baie, à venir sortir quelques poissons pour leur consommation personnelle, parmi eux Natalino: "Il y a un an, il y avait des poissons morts partout, ça sentait mauvais ici, je ne venais même plus pêcher. Il y avait des bouteilles, du plastique, des vêtements, des tongs j’ai même vu un canapé. Et puis depuis quelques mois, ils ont nettoyé, si vous regardez vous verrez un bateau vert passer, ils ramassent tout à la surface".

"Bien se rincer quand on rentre"

Même constat chez la délégation française de voile. Ils viennent s’entrainer ici depuis quatre ans, pour préparer les Jeux olympiques. Et Bertrand du Mortier a vu une différence, mais reste très prudent: "L'eau est quand même un peu moins sale parce qu'ils la nettoient mais ça reste superficiel, on sait que l'eau au fond est sale. Ce qui est important, c'est de bien se rincer quand on rentre, rincer son équipement, s'ils ont une égratignure à la main, il faut soigner tout de suite. Pour l'instant on n'a pas eu de souci. On essaie de ne pas boire la tasse".

Cette baie, véritable poubelle pour les 12 millions d’habitants de Rio, peut-elle changer? Et notamment grâce à ces jeux olympiques. Le biologiste Jean Valentin veut y croire: "Il y a quand même 30 à 40% des égouts qui ont été branchés mais ce qui était prévu, c’est-à-dire 80% de la baie nettoyée, ce n'est pas vrai. Il y a quand même des gens sérieux qui veulent que les Jeux puissent servir à quelque chose. Comme à Sidney, la baie n'était pas propre au moment des Jeux. Maintenant plus de 80% de la baie est propre, il faut voir sur 40, 50 ans".

En attendant, c’est un médecin brésilien qui le disait il y a quelques semaines, ceux qui vont nager dans la baie, vont "nager dans la merde".

P.B. avec Thomas Chupin à Rio de Janeiro