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Joseph Stiglitz: "Ce qui ne va pas avec l'Europe, c'est l'euro"

Pour l'ancien prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz, la monnaie unique européenne est un frein à la prospérité. Il s'en prend également au "fétichisme des déficits", qui empêche selon lui les investissements nécessaires à la croissance.

L'ancien prix Nobel d'économie (en 2001) Joseph Stiglitz fait de l'euro le principal frein à la bonne santé économique de l'Europe. Dès le début de son livre L'euro, comment la monnaie unique menace l'avenir de l'Europe à paraître mercredi, l'économiste américain qualifie l’euro de "malfaçon" (…) qui "menace l’avenir de l’Europe". Il écrit: "La monnaie unique était censée apporter la prospérité et favoriser la solidarité européenne. Elle a juste fait le contraire, avec des dépressions dans certains pays même plus profondes que la Grande Dépression (des années 1930)".

Invité ce lundi de Jean-Jacques Bourdin, Joseph Stiglitz explique que "l'Euro, cette monnaie unique partagée par 19 pays, a lié les mains de l'Europe".

"Cela a rendu impossible pour les européens d'arriver à la prospérité, ce pour quoi elle a pourtant été créée. Regardez, ce n'est pas que la Grèce qui a un problème, c'est quasiment la moitié de l'Europe qui a un problème. Cela veut dire qu'il y a un problème systémique: des pays qui ont eu une croissance comme la France ou l'Italie sont en train de trébucher. Donc le diagnostic est très clair: ce qui ne va pas avec l'Europe, c'est l'euro".

"On met trop l'accent sur les déficits" des pays

Joseph Stiglitz ne se contente pas de tirer à boulets rouges contre la monnaie unique, il dénonce également le "fétichisme des déficits". "On met trop l'accent sur la taille du déficit, 60 ou 80% du PIB... Aucune théorie économique ne justifie les plafonds de déficits et de dettes autorisés. Si vous investissez pour accroitre la productivité de l'économie, ça a du sens. Il n'y aurait pas d'entreprises comme Apple ou Google si elles n'avaient pas emprunté au départ. Donc cet accent qui est mis sur le déficit a limité la capacité de l'Europe à investir dans son avenir."

P. Gril avec JJ. Bourdin