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Jugé pour avoir laissé son ami ivre prendre le volant: "J'étais trop saoul pour l'empêcher"

Un homme de 38 ans a comparu mardi pour "homicide involontaire" devant le tribunal correctionnel de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) pour avoir laissé conduire un ami ivre, à l'origine ensuite d'un accident mortel. (Photo d'illustration).

Un homme de 38 ans a comparu mardi pour "homicide involontaire" devant le tribunal correctionnel de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) pour avoir laissé conduire un ami ivre, à l'origine ensuite d'un accident mortel. (Photo d'illustration). - Pascal Guyot - AFP

Un homme de 38 ans a comparu mardi pour "homicide involontaire" devant le tribunal correctionnel de Saint-Nazaire, en Loire-Atlantique, pour avoir laissé conduire un ami ivre, à l'origine ensuite d'un accident mortel. Sur RMC, l'ami du chauffard fait part de son sentiment de culpabilité. Le père de la victime espère une condamnation.

Est-on responsable de ses amis ? Est-on coupable de les laisser prendre le volant après avoir trop bu ? C'est un procès emblématique qui a eu lieu mardi devant le tribunal correctionnel de Saint-Nazaire, où un homme de 38 ans est jugé pour avoir laissé conduire un ami ivre, à l'origine ensuite d'un accident mortel. Dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2012, le prévenu s'était fait reconduire à son domicile par un ami avec qui il avait passé une partie de l'après-midi et de la soirée à boire de l'alcool. Le conducteur, quadragénaire, avait repris le volant, avec 2,31 grammes d'alcool dans le sang. Il était décédé dans une collision frontale à Montoir-de-Bretagne aux alentours de 2h du matin, alors qu'il roulait à contresens sur une deux fois deux voies, causant également la mort d'une étudiante de 23 ans, originaire du Lot.

"Si j'avais été moins saoul, je l'aurais empêché"

L'ami du chauffard, qui tient à rester anonyme, accusé de ne pas l'avoir empêché de partir, a répété à la barre mardi, qu'il se sentait responsable. "Depuis que ça s'est passé, j'y pense quasiment tous les jours. Moralement c'est très difficile à vivre", a-t-il assuré. "Je n'ai pas pu retenir le véhicule quand il est parti, et ça je le regrette profondément pour les parents. Je me dis que si j'avais pu me mettre en travers de la voiture je l'aurais fait. Mais j'ai rien pu faire, j'étais saoul moi aussi, je ne peux pas le nier. Si j'avais été moins saoul, je l'aurais fait mais là, c'était vraiment impossible", a-t-il déploré.

Si l'ami du chauffard se sent en partie responsable du drame, la procureure de la République elle, n'a pas souhaité faire de réquisition, laissant au tribunal d'"apprécier". "Doit-on exiger de tout citoyen qui se retrouve seul un soir avec quelqu'un qui a bu et qui veut prendre le volant, qu'on est soi-même ivre, doit-on exiger de tout mettre en œuvre, y compris à ses risques et périls, pour l'empêcher de conduire ?", a questionné la représentante du ministère public, sans requérir de peine. Le jugement a été mis en délibéré au 10 mars.

"Que les choses évoluent dans ce pays en matière d'alcool au volant"

Pierre Lagache, le père de Charlotte, victime du chauffard, souhaite plus que tout une condamnation. "Ne pas condamner ce serait un formidable encouragement à tous ceux qui, à un moment donné pourrait agir, mais ne le font pas, a-t-il déclaré à RMC. Ça interroge sur le sens que l'on veut donner à notre société. Il faut que les choses évoluent dans ce pays en matière d'alcool au volant. Il n'est pas possible que cela reste le plus gros facteur de mortalité sur les routes. Il faut que les choses avancent".


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Philippe Gril avec Amandine Dubiez