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Jugée pour avoir tué son conjoint: "Elle savait que c’était elle ou lui"

Sylvie Leclerc, bientôt 54 ans, encourt la réclusion criminelle à perpétuité. (Photo d'illustration)

Sylvie Leclerc, bientôt 54 ans, encourt la réclusion criminelle à perpétuité. (Photo d'illustration) - AFP

TEMOIGNAGE - Une femme de 54 ans comparaît devant la cour d'assises de Nancy pour avoir tué son conjoint de 58 ans pendant son sommeil avec un fusil de chasse, en mai 2012 à Jarville-la-Malgrange, en Meurthe-et-Moselle.

MISE A JOUR - La cour d'assises de Nancy a renvoyé le procès, ce mercredi, estimant que "le temps imparti" du procès, dans lequel 27 témoins sont cités et dont le verdict était attendu jeudi, était "radicalement insuffisant". Le nouveau procès devrait se tenir avant la fin du premier trimestre de 2016.

Sylvie Leclerc, bientôt 54 ans, est jugée à partir de ce mercredi par la cour d'assises de Nancy pour avoir tué son conjoint. Ce soir de mai 2012, à Jarville la Malgrange, dans la banlieue de Nancy, en Meurthe-et-Moselle, elle a entendu une voix dans sa tête, qui lui a commandé de tuer Gérard, son compagnon, pour être tranquille. Alors vers 21h30, Sylvie saisit le fusil de chasse acheté par Gérard un an auparavant, et tire à bout portant dans la poitrine de l'homme en plein sommeil.

"Il l'a détruite à jamais"

Aux policiers, elle a tout avoué. Elle décrit 35 ans sous l'emprise de son conjoint, coups, viols, humiliations, brimades, harcèlements... Sylvie était sans cesse rabaissée, menacée aussi, confirme sa sœur Corinne.

"C’est une victime entière", témoigne-t-elle au micro de RMC. "Elle souffrait, il s’insultait toujours, il lui disait qu’elle était nulle ! Elle était toujours effacée, toujours mise de côté… Il l’empêchait de dormir… Il lui a fait un lavage de cerveau. Je dirais que c’est de la violence psychologique. C’était une ordure, un monstre ! Ma sœur prenait des coups, elle était remplie de bleus partout ! Elle était tétanisée quand elle en parlait, elle me disait toujours: 'viens, Corinne, ça va'. Jamais je n’aurais pensé que c’est elle qui en serait arrivé-là. Elle fait encore des cauchemars la nuit. Ca va faire bientôt un an et demi, et elle ne dort toujours pas. Il l’a détruite à jamais". 

"Au bout de 35 ans de violences, elle a craqué"

Sylvie Leclerc a été victime, selon la défense, du syndrome de la femme battue, comme l’explique l’un de ses avocates, Maître Janine Bonaggiunta.

"C’est un fait très rare qu’une femme commette un tel crime", avance-t-elle. "C’est une femme, qui, au bout de 35 ans de violences psychologiques et physiques, a craqué. Elle était sous emprise, elle n’arrivait pas à se défaire de cet homme, qui était devenu son bourreau. Ca allait très loin dans l’humiliation et il y avait des violences physiques, bien sûr. Il y a eu des viols, c’est-à-dire qu’elle ne savait même plus où était la violence. Elle avait ce que l’on appelle le syndrome de la femme battue et au moment où elle a commis cet acte, elle n’était plus elle-même. Elle savait que c’était elle ou lui".

"Leur fille n'a jamais vu la moindre violence"

Mais dans la famille de Gérard, personne n'a rien vu. Maître Rui Manuel Pereira, l'avocat de la famille de la victime, Gérard Schahan, dénonce une construction a posteriori, de la part d'une femme malade.

"Il n’y a aucun élément qui permet de dire qu’il y avait un tyran domestique", dit-il. "Il n’y a aucun élément dans ce dossier qui permet de conclure dans ce sens! Il n’y a pas de plainte qui a précédé tout cela, il n’y a aucun témoignage direct qui a pu attester de violences commises de la part du défunt sur Mme Leclerc. La propre fille, qui a été élevée au sein du couple, n’a jamais vu la moindre violence… Alors aujourd’hui, on tente de réécrire l’histoire ! Les raisons qui ont amené Mme Leclerc à le tuer sont beaucoup plus obscures et relèvent plus de la pathologie psychiatrique qu’autre-chose".

Sylvie Leclerc encourt une peine de réclusion criminelle à perpétuité.

C. P. avec Aurélia Manoli