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La Camargue bientôt "transformée en champs de légumes"?

Riziculture de Camargue.

Riziculture de Camargue. - Flickr CC - Emmrichard

Baisse des cours, subvention européenne supprimée… La production de riz et le nombre de riziculteurs ne cessent de diminuer en Camargue. Au-delà des conséquences économiques, cette perte d'activité risque de modifier le visage même de la Camargue. Reportage.

Se dirige-t-on vers la fin de la production de riz en France ? C’est ce que craignent les riziculteurs de Camargue, dans les Bouches-du-Rhône. Ils étaient 270 il y a deux ans, ils ne sont plus que 200. Les surfaces cultivées aussi ont fondu, passant de 20.000 à 10.000 hectares. La Camargue fournissait il y a encore deux ans un tiers de la consommation française. Mais les riziculteurs se détournent en effet de plus en plus de la culture du riz, plus aussi rentable depuis la baisse des cours ces dernières années. A cela s'ajoute la décision française de réorienter les aides européennes de la PAC (politique agricole commune) vers l'élevage, privant les agriculteurs de Camargue d'une subvention annuelle de 2 à 3 millions d'euros.

"Tous les touristes se souviennent de la riziculture"

Du coup, beaucoup s’orientent vers d’autres productions, notamment légumière. "Les agriculteurs se posent des questions pour le devenir de leur exploitation. Du coup, il y en a qui préfèrent s'orienter vers des cultures 'spéculatives' : les melons, les pommes de terre, les oignons, les carottes… pleins de cultures légumières", explique Bertrand Mazel, président des riziculteurs de Camargue, qui demande aujourd’hui le rétablissement de la subvention européenne.

Mais la chute de la culture du riz n'a pas que des conséquences économiques. Comme on n'imagine pas Guérande sans ses paludiers, on n'imagine pas la Camargue sans ses flamands roses, ses taureaux et ses riziculteurs. "Tous les touristes qui viennent en Camargue se souviennent de la riziculture. Si on doit transformer la Camargue en champ de légumes, cela n'aura plus la même notoriété. Ce serait la fin d'une production française", anticipe Bertrand Mazel.

"La nappe salée va remonter et nos paysages se transformer"

Mais les riziculteurs ne sont pas là que pour l'image d'Epinal. Ils assurent l'entretien des centaines de kilomètres de canaux d’irrigation qui façonnent les paysages de cette région, comme le détaille David Gryzb, élu socialiste à la ville d’Arles et président du Parc naturel régional de Camargue: "Il y a d'abord toute la gestion de l'eau, tous les canaux qui sont indispensables pour l'activité agricole, mais permettent également l'évacuation des eaux pluviales ou des inondations. Si demain il n'y a plus d'activité rizicole, ces canaux ne sont plus entretenus. Ce sera coûteux pour la puissance publique d'entretenir ces centaines de kilomètres de canaux. Ensuite, cette pénétration d'eau douce est indispensable pour faire reculer la nappe salée qui est en dessous. S'il n'y a plus ce pompage d'eau douce, la nappe salée va remonter et nos paysages se transformer. Surtout, l'activité agricole sera impossible. Donc si nous voulons maintenir une activité agricole en Camargue, le riz est indispensable".

Philippe Gril avec Lionel Dian