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La nouvelle revanche d'Alain Juppé, de retour au Quai d'Orsay

Alain Juppé quitte le ministère de la Défense pour celui des Affaires étrangères où il aura fort à faire pour éteindre les nombreux incendies qui couvent, du désamour de la France au Maghreb à la grogne grandissante des diplomates. /Photo prise le 15 nove

Alain Juppé quitte le ministère de la Défense pour celui des Affaires étrangères où il aura fort à faire pour éteindre les nombreux incendies qui couvent, du désamour de la France au Maghreb à la grogne grandissante des diplomates. /Photo prise le 15 nove - -

L'ancien Premier ministre, Alain Juppé retrouvera le ministère des Affaires étrangères où il aura fort à faire pour éteindre les nombreux incendies qui couvent, du désamour de la France au Maghreb à la grogne grandissante des diplomates.

En moins de trois mois, le maire de Bordeaux a effectué un retour en grâce spectaculaire, réintégrant le gouvernement, au ministère de la Défense, avant de reprendre, confirme-t-on dimanche de sources gouvernementales, le portefeuille de Michèle Alliot-Marie - un poste qu'il a déjà occupé entre 1993 et 1995.

A mesure que l'étoile de la ministre des Affaires étrangères pâlissait, Alain Juppé a pris cet hiver la main sur les grands dossiers diplomatiques, parlant de la crise ivoirienne à l'Onu ou souhaitant ouvertement le départ de Mouammar Kadhafi en Libye.

En prenant la tête du Quai d'Orsay en plein printemps arabe et en plein G20, Alain Juppé devient une pièce maîtresse de l'exécutif, dans la dernière ligne droite avant la présidentielle de 2012.

A l'heure où la diplomatie française se trouve chahutée de l'intérieur par un groupe d'ambassadeurs anonymes, le ministre de la Défense avait tapé du poing sur la table jeudi.

"Aujourd'hui, cette mode qui consiste à montrer du doigt la diplomatie française n'est plus acceptable", a-t-il prévenu sur France Inter, donnant par avance le ton de son ministère.

LIBERTÉ DE PAROLE

En juillet dernier, avant de revenir au gouvernement, l'ancien chef de la diplomatie s'était alarmé de la réduction drastique des moyens alloués à la diplomatie française dans une tribune dans Le Monde intitulée "Cessez d'affaiblir le Quai d'Orsay".

Depuis qu'il a intégré l'équipe Fillon, loin de mettre son esprit critique en veille, Alain Juppé ne se prive pas de commentaires sur la vie de la majorité, tout en épargnant Nicolas Sarkozy, contre qui il n'hésitait pas à s'emporter jusqu'alors.

Le débat lancé par l'UMP sur la place de l'islam doit être "encadré" et "piloté" sous peine de dérapages "islamophobes", répète-t-il par exemple à l'envi depuis quelques semaines.

A 65 ans, le maire de Bordeaux est un habitué des traversées du désert suivies de "come-backs" parfois avortés.

En devenant en mai 2007 le numéro deux du gouvernement à la tête d'un grand ministère de l'Ecologie, du Développement et de l'Aménagement durables, Alain Juppé pensait en avoir fini avec une longue période de discrédit politique.

Le répit fut de courte durée: quelques semaines plus tard, il devait quitter l'équipe de François Fillon, victime de la règle selon laquelle tout ministre battu aux élections législatives doit démissionner.

Jadis surnommé "le meilleur d'entre nous" par Jacques Chirac, Alain Juppé a connu une carrière d'homme pressé, dont l'ambition s'est toujours affichée presque naturellement.

"Je ferai Normale Sup, l'Ena, l'inspection des Finances et de la politique", confiait-il au début des années 1960 à son condisciple de "classe prépa" Jérôme Clément. Ce qu'il fit, en ajoutant un crochet par Sciences-Po.

CHIRAC, MENTOR ET PART D'OMBRE

"Crâne d'oeuf" - au propre, comme au figuré -, capable de digérer des dossiers, il a gravi tous les échelons du pouvoir dans l'ombre de Jacques Chirac: "normalien, énarque sachant écrire", il entre à son service en 1976, juste avant la création du parti RPR, et devient un collaborateur incontournable.

Après deux échecs électoraux dans les Landes, Alain Juppé réussit son implantation à Paris, dans le XVIIIe arrondissement, aux municipales de 1983 puis aux législatives de 1986.

En mars 1986, il entre au gouvernement de cohabitation dirigé par Jacques Chirac comme ministre du Budget.

Après son échec à l'élection présidentielle face à François Mitterrand, Jacques Chirac lui confie le 22 juin 1988 les clés de la maison gaulliste et, en mars 1993, Alain Juppé devient ministre des Affaires étrangères d'Edouard Balladur.

Il atteindra le zénith de sa carrière en 1995 en devant le Premier ministre de Jacques Chirac. Mais si son parcours doit beaucoup à l'ancien président, ses déboires lui sont aussi intimement liés.

Quand Jacques Chirac fait le pari de dissoudre l'Assemblée nationale en 1997 pour renforcer sa majorité, les socialistes l'emportent et Alain Juppé est obligé de quitter ses fonctions marquées, il est vrai, par des mouvements sociaux très importants contre son projet de réforme de la Sécurité sociale.

Maire de Bordeaux pendant neuf ans, jusqu'en décembre 2004, Alain Juppé doit quitter ce poste après sa condamnation à 18 mois de prison avec sursis et dix ans d'inéligibilité dans l'affaire des emplois fictifs du RPR, une affaire liée à la mainmise de Jacques Chirac sur le parti de droite.

Sa carrière semble alors avoir subi un coup fatal. Il part enseigner au Québec pendant un an, avant de revenir s'installer avec sa famille à Bordeaux, d'y retrouver sa mairie et de rebondir quatre ans plus tard en retrouvant le gouvernement.

REUTERS