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La rivalité Fillon-Copé éclate au grand jour

Jean-François Copé et François Fillon, côte à côte durant les journées parlementaires de l'UMP, en septembre. La rivalité entre le chef du parti majoritaire et celui du gouvernement gagne en intensité avec pour enjeu une possible succession de Nicolas Sar

Jean-François Copé et François Fillon, côte à côte durant les journées parlementaires de l'UMP, en septembre. La rivalité entre le chef du parti majoritaire et celui du gouvernement gagne en intensité avec pour enjeu une possible succession de Nicolas Sar - -

par Patrick Vignal PARIS (Reuters) - La rivalité entre François Fillon et Jean-François Copé gagne en intensité avec pour enjeu le contrôle de la...

par Patrick Vignal

PARIS (Reuters) - La rivalité entre François Fillon et Jean-François Copé gagne en intensité avec pour enjeu le contrôle de la majorité depuis que l'un a été reconduit comme Premier ministre et que l'autre a mis la main sur l'UMP.

Larvé jusqu'au remaniement de novembre dernier, l'affrontement entre ces deux personnalités que tout oppose est devenu un sujet de conversation dans les allées du pouvoir.

Sauf à l'Elysée, où Nicolas Sarkozy se garde d'intervenir, comme s'il préférait arbitrer en silence ce combat entre deux challengers qui pourraient un jour briguer sa succession.

Le duel Fillon-Copé est parti pour durer et ses deux protagonistes pourraient bientôt se retrouver face-à-face avec l'élection présidentielle de 2017 en point de mire.

En attendant, leurs prises de bec pourraient nuire à la cohérence de la majorité, à l'heure où elle a besoin de se montrer unie et de s'accorder sur une stratégie.

Tandis que François Fillon préconise de jouer la continuité en poursuivant les réformes et de faire preuve de mesure en toutes choses, Jean-François Copé propose d'occuper le terrain en brandissant les sujets qui fâchent, avec un style qui n'est pas sans rappeler celui de Nicolas Sarkozy lorsqu'il fourbissait ses armes pour la présidentielle de 2007.

"Je ne sais pas ce qui motive tout cela", dit le député UMP Alain Gest, un "sarkozyste" troublé par les remous provoqués par l'opposition entre le Premier ministre et le chef de l'UMP.

"Je préfère ne pas le savoir mais ce qui est sûr, c'est qu'un certain nombre de responsables actuellement me semblent avoir oublié que nous sommes toujours sous la Ve République et que, sous la Ve République, le pouvoir est à l'Elysée et le chef de la majorité est à Matignon", ajoute-t-il.

PROPOSITION EN PAGAILLE

Le Premier ministre, passé maître dans l'art de la défense, et le secrétaire général de l'UMP, spécialiste de l'attaque à tout-va, ont des styles bien différents.

Depuis qu'il a refusé d'entrer au gouvernement pour prendre les rênes de l'UMP, Jean-François Copé multiplie les propositions, le plus souvent pour se faire recadrer par le chef du gouvernement, comme dernièrement sur la hausse de la TVA.

Avant cela, le nouvel homme fort de l'UMP avait préconisé notamment de relancer le débat sur l'identité nationale et les 35 heures, tandis que son lieutenant Christian Jacob, qui l'a remplacé comme chef des députés UMP, remettait sur la table la garantie de l'emploi des fonctionnaires.

A chaque fois, François Fillon a répliqué en appelant à la modération et en invitant à ne pas rouvrir de vieilles plaies.

Il en faut davantage pour calmer Jean-François Copé, qui revendique haut et fort sa liberté à débattre de tout et assure avoir reçu de Nicolas Sarkozy l'autorisation de le faire.

"L'année 2011 est consacrée au débat", s'est-il justifié mardi après une réunion du groupe UMP à l'Assemblée.

"Le président de la République a bien dit quelle était la définition des rôles: le gouvernement est dans l'action au service des Français, le parti est au service des Français tout en soutenant le gouvernement et en lançant des débats pour l'avenir de notre pays dans la perspective des présidentielles."

RANTANPLAN

En coulisses, les échanges volent un peu plus bas.

Le qualificatif de "Rantanplan", le chien stupide de la bande dessinée Lucky Luke, aurait ainsi été accolé à Christian Jacob par l'entourage de François Fillon. Ce dernier a démenti et présenté ses excuses sans parvenir toutefois à apaiser l'ire de Jean-François Copé, explique-t-on à Matignon.

Nouvel épisode ce week-end lors d'une réunion de l'UMP au cours de laquelle le patron du parti majoritaire aurait, selon des indiscrétions qu'il n'a pas démenties, accusé François Fillon de manquer de conviction et d'avoir "vendu 15 ans de gaullisme social pour un plat de lentilles" en se ralliant à Nicolas Sarkozy en 2005.

François Fillon, qui a eu vent de ces propos avant même leur diffusion, garde son flegme face à cette nouvelle attaque.

"C'est récurrent chez Jean-François Copé", explique un proche du Premier ministre. "C'est ça, la vie politique. Ça ne changera pas sa ligne."

Pour le patron de l'UMP, ces déclarations destinées à ne pas être publiées et qui finissent toujours par l'être, ne modifieront pas non plus la sienne.

"La vérité, c'est que sur ces sujets, ce qui compte, ce sont les déclarations publiques et elles sont très claires", a-t-il dit mercredi lors d'un point presse. "Jamais je n'ai, à aucun moment, fait autre chose que soutenir le Premier ministre et le gouvernement dans l'action qu'ils conduisent."

Avec Emile Picy et Yann Le Guernigou, édité par Yves Clarisse

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