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Le candidat le plus populiste, c’est Bayrou !

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h20 sur RMC.

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La campagne de François Bayrou semble patiner : dans les sondages, il reste loin de François Hollande et de Nicolas Sarkozy et derrière Marine Le Pen. Mais il en appelle à la « résistance » des Français…

Cette campagne est certainement la plus populiste de la Vè République – sans doute à cause de la crise, qui rend caducs les projets politiques ambitieux et qui oblige plus que jamais les candidats à jouer sur les émotions, les peurs, les pulsions, les rejets. Et dans cette surenchère où il s’agit d’opposer le « bon sens » des Français aux errements supposés des élites, François Bayrou est sinon le plus tonitruant, en tout cas le plus insistant. On l’a entendu ce week-end, au salon de l’agriculture, se poser en paysan rebelle contre le pouvoir citadin et en appeler au référendum alors qu’il critiquait 8 jours plus tôt Nicolas Sarkozy pour en avoir lui-même proposé un. Ce n’est ni cohérent ni convaincant. S’agissant d’un homme de la qualité de Bayrou, c’est surtout très décevant.

En quoi est-ce décevant que de vouloir redonner la parole au peuple ? Pourquoi faudrait-il appeler cela du « populisme » ?

Le populisme, c’est la pensée politique qui proclame que le peuple a toujours raison – et donc sur la fiction qu’il pourrait décider de tout. Ça revient à dénoncer le jeu démocratique lui-même, dans lequel les citoyens élisent des dirigeants pour qu’ils décident en leur nom. Et donc ce n’est pas par hasard que le discours populiste s’accompagne toujours d’un rejet des élites, qu’on accuse de confisquer le pouvoir – et aussi d’un repli identitaire déguisé en sursaut patriotique. Eh bien c’est exactement le sens de la campagne de François Bayrou. Il se pose en homme rejeté par le système alors qu’il a été ministre et a cumulé tous les mandats. Il dénonce la mainmise sarkoziste sur l’Etat comme si on était en dictature. Et il prône des solutions économiques ultra-simplistes avec en plus le slogan « produisons français » du PCF dans les années 70 ! Alors il le fait avec une rhétorique qui est habile et il est probable qu’il ne croit pas à tout ce qu’il dit ; mais ce sont plutôt des circonstances aggravantes que des excuses.

Qu’est-ce qui explique le choix d’une telle stratégie pour un candidat centriste ?

Le dépit. François Bayrou n’a pas digéré d’avoir été battu en 2007 aux portes du 2è tour. Il a fini par considérer que c’était le système politique qui était en cause. Le problème, c’est qu’il n’a pas donné de contenu à son projet : le summum du populisme chez François Bayrou, c’est qu’il voudrait se faire élire sur une image de sérieux et de sincérité – notamment parce qu’il a mis en avant le premier la question de la dette – mais sans dire comment il gouvernerait ni quelle politique il conduirait. C’est les pleins pouvoirs… avec un projet vide. Hollande, Le Pen, Mélenchon, Sarkozy avancent des idées précises, qu’on peut discuter. Lui en dit le moins possible pour garder une chance d’avoir des voix venues de gauche, de droite et même des extrêmes. A l’arrivée, c’est le contraire qui se passe.

A-t-il perdu toute chance d’être au 2ème tour ?

Disons-le clairement : en 2007, il a profité de la méfiance d’une partie des électeurs de gauche envers Ségolène Royal. Ce n’est plus le cas avec François Hollande. Il a ensuite pensé que Nicolas Sarkozy pouvait d’effondrer et l’UMP se disloquer avant l’élection. Ce n’est pas parti pour non plus. Résultat : entre le socialisme et le libéralisme, il n’a pas trouvé la fameuse « 3ème voie ». Il va aussi lui manquer un second souffle. Il n’est pas seulement dans une mauvaise passe ; il est dans une impasse.

Hervé Gattegno