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Le charme et la force de Manuel Valls ne fonctionnent plus sur les Français

EDITO - Pour Maurice Szafran, la fulgurante percée d'Emmanuel Macron a grandement participé au processus de désintégration politique de Manuel Valls. En effet, en quelques mois à peine, le ministre de l'Economie lui a retiré les seuls avantages qu'il avait vraiment: la modernité et la réforme.

Depuis quelques temps déjà, les observateurs décrivaient volontiers Manuel Valls en naufragé du pouvoir. Comme s'il était à son tour frappé du syndrome de Matignon qui veut que tout Premier ministre finisse lessivé, essoré, carbonisé...

Les sondages, tous les sondages depuis quelques mois déjà, vont en effet en ce sens: le charme et la force Valls ne fonctionnent plus sur les Français. Le chef du gouvernement donnent l'impression de tourner à vide, de se répéter -la République par ci, la laïcité par là- bref, de se caricaturer. Ce n'était plus Manuel Valls qui s'adressait à nous, mais la marionnette de Manuel Valls. Une impression parfois pénible...

Un processus de désintégration évidemment accéléré par la fulgurante percée d'Emmanuel Macron...

La politique, au temps de l'info en continu et des réseaux sociaux, est plus cruelle que jamais. En quelques mois, il est devenu légitime d'expliquer, d'un ton évidement sentencieux, que Valls s'était ringardisé, qu'en une année il avait pris dix ans, que le ministre de l'Economie, le si doué Emmanuel Macron, lui avait piqué le seul mistigri qui compte vraiment, celui de la modernité et de la réforme. L'entourage du président de la République, et François Hollande lui-même, n'ont d'ailleurs pas manqué d'entonner sur tous les tons cette insidieuse petite musique, s'autorisant ainsi à moucher, à rabaisser, à épuiser un Premier ministre jusque là tellement plus populaire que le président dans l'opinion publique. Manuel Valls a donc morflé, vraiment, apprenant à ses dépens à quel point la politique est un jeu de cruauté et de versatilité...

Mais Valls semble profiter de l'apparent conflit Hollande-Macron pour organiser son retour politique et médiatique...

Et le Premier ministre, reconnaissons-le, réussit plutôt bien son coup. Dans un long entretien accordé au journal Society, il tient son rang, et même mieux que ça. Il s'astreint à faire toute de ce que François Hollande refuse avec obstination depuis quatre ans déjà: nous parler de la France, de ses véritables problèmes hormis la lutte contre le chômage. C'est important, c'est déterminant de réduire le chômage, mais le destin de la nation ne peut se réduire à ce juste et indispensable combat. Et Manuel Valls en convient. Dans Society, il prend des risques -politiques, culturels, historiques. Il évoque notre rapport équivoque aux étrangers, aux immigrés. Il réfléchit sur notre conception du vivre ensemble. Il met en relation la mondialisation et cette revendication identitaire qui monte des tréfonds du pays. On peut ne pas être d'accord avec Manuel Valls. On peur exemple lui reprocher de droitiser à l'excès la gauche. On peut contester son analyse selon laquelle le Front National serait aux portes du pouvoir suprême. Mais au moins prend-il des risques. Au moins nous incite-t-il avec des mots forts, de sortir, ne serait-ce qu'un peu, de cette déprime nationale qui frappe la France et les Français. Au moins Manuel Valls envisage-t-il ouvertement de gouverner demain avec la droite républicaine puisque électeurs de droite et de gauche auront, ensemble, écartés, Marine Le Pen du pouvoir...

C'est précisément ce que suggère aussi Emmanuel Macron... L'affrontement entre les deux hommes sera d'autant plus violent qu'ils sont souvent en accord...

Il faut constater que Manuel Valls est plutôt fair-play avec Macron. Il reconnaît que, sur bien des points, l'un et l'autre défendent les mêmes positions, notamment en économie. Mais Valls s'autorisent deux reproches forts à Macron: ne pas respecter la solidarité gouvernementale et se revendiquer du "ni droite ni gauche"... Le Premier ministre pense en effet rigoureusement l'inverse: pour s'entendre avec la droite républicaine, il faut se revendiquer de la gauche et de son histoire. Je crois que Manuel Valls a raison. Un dernier point: le chef du gouvernement reconnaît enfin que François Hollande a commis une gigantesque erreur politique en refusant d'intégrer François Bayrou au gouvernement et à la majorité présidentielle en 2012. C'est bien tard. Ça fait tout de même du bien de l'entendre!

Maurice Szafran