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Le PS en pleine bataille de la crédibilité pour 2012

Attaqués par la droite sur le terrain des hausses d'impôts et des engagements intenables, notamment la promesse de revenir sur la réforme des retraites, les socialistes ont donc engagé la bataille de la crédibilité en vue de la présidentielle. /Photo pris

Attaqués par la droite sur le terrain des hausses d'impôts et des engagements intenables, notamment la promesse de revenir sur la réforme des retraites, les socialistes ont donc engagé la bataille de la crédibilité en vue de la présidentielle. /Photo pris - -

par Laure Bretton PARIS (Reuters) - En 1981, une partie de la droite au pouvoir agitait le spectre de l'Armée rouge défilant à Paris, avant...

par Laure Bretton

PARIS (Reuters) - En 1981, une partie de la droite au pouvoir agitait le spectre de l'Armée rouge défilant à Paris, avant l'élection de François Mitterrand, qui allait devenir l'unique président socialiste de la Ve République.

En 2012, "la sanction des marchés est plus à craindre que l'arrivée des chars soviétiques sur la place de la Bastille", prévient Pierre Moscovici, qui a présidé la convention sur le "nouveau modèle économique", l'une des étapes préliminaires du projet présidentiel du Parti socialiste.

"On ne peut plus promettre la Lune", insiste l'ancien ministre des Affaires européennes, conscient de l'étroitesse des marges de manoeuvre limitées par la crise économique.

Attaqués par la droite sur le terrain des hausses d'impôts et des engagements intenables, notamment la promesse de revenir sur la réforme des retraites, les socialistes ont donc engagé la bataille de la crédibilité en vue de la présidentielle.

Avant la présentation d'un projet "financé à l'euro près" au printemps prochain, Martine Aubry a mis en place un groupe de travail sur les marges de manoeuvre budgétaires.

"Nous sommes des gens sérieux, nous savons que tout n'est pas possible mais que tout (...) doit être fait pour retrouver le chemin de la croissance", a défendu le premier secrétaire du PS mercredi soir sur France 2.

Les socialistes estiment ne pas avoir de leçon à recevoir d'une droite qui a creusé le déficit public, qui a atteint 7,7% du PIB cette année, notamment en raison de la crise.

Pour Pierre-Alain Muet, ancien conseiller économique de Lionel Jospin, le dernier Premier ministre socialiste, "la crédibilité budgétaire, depuis 25 ans, c'est nous".

Entre 1997 et 2002, quand la gauche était au pouvoir, la croissance a dépassé 3%, les déficits ont été réduits et les comptes de la Sécurité sociale équilibrés, sous la houlette, entre autres, du candidat potentiel Dominique Strauss-Kahn, actuel directeur général du Fonds monétaire international.

"DOUBLE CATACLYSME"

Si la gauche remporte la présidentielle, "la voie est étroite mais on ne choisira pas entre redresser les comptes publics et relancer la croissance", assure Pierre-Alain Muet, qui préside le "conseil économique" du PS.

Pour relancer la croissance à court terme, le PS mise sur l'emploi et veut agir aux deux bouts de la chaîne: création de 50.000 "emplois jeunes" dans la croissance verte et objectifs d'embauche de seniors conclus entre l'Etat et les entreprises.

Depuis 2007, "la France a été frappée par un double cataclysme: la crise internationale et les mesures de Nicolas Sarkozy qui nous ont privés de 100 milliards d'euros", estime l'ancien ministre de l'Economie Michel Sapin.

Une fois à l'Elysée, les socialistes reviendraient sur certaines de ces politiques "coûteuses", promet-il.

Selon les calculs du PS, annuler la défiscalisation des heures supplémentaires permettrait, par exemple, de faire rentrer trois milliards d'euros dans les caisses de l'Etat.

"Ne nions pas que l'exercice sera difficile mais il nous reste des marges de manoeuvre qui ne se résument pas à l'augmentation des impôts", souligne Michel Sapin, qui enjoint ses "camarades" à "résister à l'envie de tout promettre" lors de la primaire présidentielle.

LA FISCALITÉ, MÈRE DE TOUTES LES RÉFORMES

Mais pour Philippe Waechter, chef économiste à Natixis Asset Management, la compétition entre "présidentiables", qui risque de déboucher sur une surenchère à gauche, rend impossible toute analyse du programme économique du PS.

"Quand un Arnaud Montebourg se prononce pour la déglobalisation, je ne suis pas certain qu'un Dominique Strauss-Kahn rentre dans ce jeu-là", estime l'analyste.

Le PS promet pour avril 2011 un projet chiffré et hiérarchisé en trois grandes catégories: les mesures des 100 premiers jours, les programmes du quinquennat et les réformes "à l'échelle de la décennie".

Le PS propose un "pacte fiscal" sur cinq ans, qu'il entend lancer dès les premières semaines du quinquennat afin de restaurer la "justice fiscale".

A la clé, il y a la création d'un "grand impôt citoyen progressif" fusionnant l'impôt sur le revenu et la contribution sociale généralisée (CSG), qui serait prélevé à la source et la refonte de la fiscalité du patrimoine.

Côté industrie, les socialistes veulent créer un pôle public d'investissement industriel (2P2I) qui serait abondé par la mise en commun des fonds de la Caisse des dépôts (CDC), du Fonds stratégique d'investissement (FSI) de la Banque postale et d'Oseo.

"Au total, ce sont 100 milliards d'euros qu'on peut arriver à mobiliser", assure Guillaume Bachelay, secrétaire national chargé des questions industrielles.

Edité par Yves Clarisse

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