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Le salaire des patrons du service public va être limité

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Le gouvernement prépare pour la fin du mois un décret qui limitera le salaire des grands patrons du service public. Il ne devra pas être plus de 20 fois supérieur au plus petit salaire de l'entreprise. Certains grands patrons perdraient jusqu'à un million d'euros par an.

C'était une promesse de campagne : les salaires faramineux dans le service public c'est bientôt terminé. Au nom de « l'exemplarité des élites politiques et économiques », les patrons des grandes entreprises publiques vont devoir accepter des baisses de salaire, parfois conséquentes.
La règle sera la suivante : le patron d'une grande entreprise publique ne pourra pas gagner plus de 20 fois le plus petit salaire de son entreprise. Si l'employé le moins bien payé gagne le Smic, le salaire du PDG ne pourra pas être supérieur à 20 fois le Smic. Concrètement, un patron ne pourra gagner plus de 335.600 euros annuels bruts (soit 27.966 euros par mois) si le revenu de base dans son entreprise est égal au smic annuel brut (16.780 euros).

Un décret signé fin mai

Lors d'une interview accordée mardi à l'Express.fr, Jean-Marc Ayrault a annoncé que cette baisse des rémunérations de grands patrons d'entreprises publiques sera appliquée « aux contrats en cours ». Lors de la campagne présidentielle, Michel Sapin, alors chargé du programme présidentiel et devenu depuis ministre du Travail, avait au contraire affirmé que ces contrats ne seraient pas concernés. Le nouveau président veut donc aller vite. Il devrait signer d'ici fin mai, un décret plafonnant les rémunérations des dirigeants des entreprises publiques.

Un million d’euros en moins pour le patron d’EDF

Un exemple concret avec le PDG d’EDF, Henri Proglio. En 2011, il a gagné 1.600.000 euros. Avec la réduction des écarts de salaires voulue par le gouvernement, son salaire va devoir baisser de 69%. Il devra donc faire une croix sur plus d'un million d'euros par an.
Une somme non négligeable, mais pour Myriam Laguillon, avocate spécialiste du droit du travail, il faut aller encore plus loin pour être efficace : « Il faut aussi parler des avantages en nature, les logements de fonction, les voitures de fonction... Tout ça a une valorisation. C’est bien de poser la première pierre mais il ne faut surtout pas en rester là ! ».

« C’est surtout la question du prestige qui fait courir les grands patrons »

Mais en plafonnant les salaires des patrons, ne risque-t-on pas d’affaiblir les entreprises publiques ? C’est l’avis de Pierre Kosciusko-Morizet, créateur du site priceminister.fr : « Si on limite les salaires on n’a forcément pas les meilleurs dirigeants. Avoir des entreprises qui ne peuvent pas payer aussi bien leur patron que d’autres, cela risque de les affaiblir. Le service public, qui gère qui plus est notre argent de contribuable, doit avoir les meilleurs dirigeants ». « Non, je ne crois pas qu’on affaiblisse nos entreprises publiques », estime de son côté Philippe Steiner, professeur de sociologie à l'Université de Paris-Sorbonne et auteur d'un livre intitulé "les rémunérations obscènes" : « C’est surtout la question du prestige qui fait courir les grands patrons. Un grand patron, c’est quelqu’un qui va rencontrer les grands de ce monde, qui va participer à des décisions importantes. Au-delà du salaire, tout cela, ça reste. Et puis, le fait même d’un sacrifice peut rehausser le prestige de l’entreprise et de celui qui le dirige ».

La Rédaction avec Stéphanie Collié