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Le «triple A» peut-il faire perdre Sarkozy ?

Christophe Jakubyszyn.

Christophe Jakubyszyn. - -

Rien ne va plus à l’Elysée. La France, placée sous surveillance négative, est plus que jamais menacée de perdre son «triple A». En outre, Nicolas Sarkozy n’arrive pas à combler son très grand retard dans les sondages. La crise va-t-elle lui coûter sa place ?

« Si on perd le triple A, je perds l’élection présidentielle », confiait, il y a encore quelques jours, Nicolas Sarkozy. Lundi, ce scénario est devenu réalité pour lui. Car c’est en fin de matinée que le président a été prévenu par l’agence américaine, quelques heures avant l’annonce officielle. C’est d’usage, l’agence prévient ses victimes quelques heures avant de les livrer à la pâture des marchés financiers.

L’Allemagne également menacée

Mais surprise, pendant le déjeuner avec Angela Merkel, Nicolas Sarkozy comprend que la chancelière aussi a été prévenue de la mise sous surveillance de l’Allemagne. Une surveillance moins sévère, un mauvais point contre deux pour la France, mais une surveillance quand même.
Et quand l’agence de notation Standard&Poor’s rend son verdict officiel, plus tard dans la soirée, Nicolas Sarkozy a une autre raison d’être rassuré. Le communiqué est rédigé de telle façon que l’on observe d’abord que quinze pays de la zone euro sont mis sous surveillance négative, avant de voir dans le détail qu’il y a en fait deux catégories, les mauvais élèves et les cancres.

L’Elysée veut minimiser cette dégradation

Nicolas Sarkozy fait alors monter au front François Fillon, l’homme qui disait en 2007 que la France était déjà en faillite. Et aujourd’hui il nous dit que les agences « donnent au fond un avis technique sur ce que pensent les marchés de la dette d’un pays. Mais ce n’est pas le seul élément qui doit conduire un élément dans ses choix. Il n’y aura pas de troisième plan de rigueur. Le gouvernement ne prendra pas des mesures qui viendraient contrarier la croissance ou qui seraient totalement injustes simplement parce qu’une agence de notation aurait menacé de dégrader notre pays ». En clair: tout va très bien, surtout ne changeons rien !

Quand Sarkozy fait du judo avec Merkel

Il se dit que tout n’est pas perdu pour Nicolas Sarkozy et qu’il est encore temps de tendre des pièges à l’opposition. Par exemple celui de la règle d’or, la règle de l’équilibre du budget de l’Etat. Nicolas Sarkozy sait que c’est une obsession d’Angela Merkel. La chancelière veut que tous les pays européens soient aussi vertueux budgétairement que l’Allemagne. Nicolas Sarkozy a fait donc du judo lundi à l’Elysée. Il a décidé d’utiliser le poids de la chancelière à son profit. Il a instrumentalisé Angela Merkel pour que la règle d’or européenne soit remise sur le tapis. L’idée c’est de proposer à tous les pays européens d’intégrer cette fameuse règle d’équilibre de leur budget lors du sommet de Bruxelles qui aura lieu jeudi et vendredi. A charge pour eux de transposer cette règle dans leur constitution.

Le PS ne veut toujours pas de la règle d’or

Seulement, en France, les socialistes n’en veulent pas. Ils estiment notamment qu’ils n’ont pas à faire ce cadeau à Sarkozy, à « passer à la lessiveuse cinq années de cadeaux fiscaux aux plus favorisés ». Mais le PS va devoir expliquer aux Français pourquoi il refuse de s’engager pour l’avenir sur des règles de bonne gestion budgétaire. Et le gouvernement aura beau jeu de dire que si la France est dégradée dans quelques semaines, c’est parce que François Hollande n’aura pas voulu signer la règle d’or.

Christophe Jakubyszyn