RMC

Les "affaires" envahissent la campagne? Tant mieux!

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h20 sur RMC.

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h20 sur RMC. - -

Les affaires politico-judiciaires se multiplient, au point que beaucoup d’observateurs redoutent que la présidentielle en soit perturbée. Pas moi...

C’est vrai que le réflexe français face aux scandales, c’est d’abord de fermer les yeux et ensuite de se boucher le nez. Il y a une sorte de bienséance obligatoire qui interdit de considérer que les enquêtes de justice pourraient avoir une place dans le débat politique. Qu’un ministre ou un élu soit soupçonné de malversations, on voudrait faire comme s’il s’agissait d’un fait divers. Comme si les « affaires » étaient les maladies honteuses de la démocratie – on est obligé de se soigner, mais il ne faudrait pas en parler. Eh bien pendant la campagne présidentielle, ces hypocrisies ne tiennent plus. Parce que ce sont les citoyens qui sont juges. Donc il ne faut pas s’en plaindre, mais s’en féliciter.

Pourquoi y a-t-il toujours une montée des « affaires » pendant les campagnes présidentielles ?

Une des raisons, c’est parce que les politiques s’affrontent à travers la justice. Observez d’ailleurs une autre hypocrisie habituelle : nos politiques, quand ils sont au pouvoir, nient farouchement qu’il y ait des interventions sur la justice – pour déclencher ou pour entraver les enquêtes. Mais quand ils sont dans l’opposition, dès qu’une affaire éclate, les mêmes dénoncent les manœuvres du pouvoir! I Ce n’est pas que du fantasme… Ce qui est vrai, c’est que les périodes présidentielles sont des moments de crispation des pouvoirs, donc de conflit entre l’exécutif et les juges. C’est aussi le moment où l’exigence de transparence est la plus forte, parce que l’opinion a les yeux braqués sur les candidats ; c’est le moment où les politiques se rappellent qu’ils n’ont pas que des comptes à régler mais aussi des comptes à rendre.

Nicolas Sarkozy et François Hollande devraient s’expliquer sur les affaires qui peuvent mettre en cause leurs proches ou leur parti

C’est délicat pour Nicolas Sarkozy parce qu’il est président, mais c’est son devoir comme candidat. Des questions sont posées sur les interventions de l’Elysée dans l’affaire Bettencourt, sur le financement de sa campagne de 2007 aussi ; et sur celui de la campagne de Balladur en 1995. Il n’y a répondu que très partiellement – et sans se montrer très convaincant. Quant à François Hollande, ce n’est pas dans sa nature mais on ne voit pas comment il se dispenserait de prendre une position claire sur les affaires du PS dans le Pas-de-Calais et à Marseille – qui, si elles sont avérées, sont gravissimes. Au lieu de ça, c’est à Arnaud Montebourg qu’on reproche de les avoir dénoncées. Les socialistes feraient mieux de lui dire merci ! Et Jack Lang lui a promis une « paire de gifle ». Le PS ferait mieux de donner des coups de pied au cul à ceux qui le méritent.

Le déballage des « affaires » profiterait réellement au Front national?

C’est en partie le cas – sur le thème du « tous pourris ». Mais en fait, c’est surtout l’absence de sanction qui alimente le vote extrémiste, le sentiment qu’il existe une solidarité de corps chez les politiques (ce qui est assez vrai) et une soumission de la justice (ce qui l’est moins). Cela dit, le FN n’est pas plus irréprochable que les autres. Les maires d’orange, de Marignane et de Toulon, par exemple, ont été condamnés dans le passé pour des malversations : rapporté au petit nombre d’élus du FN, c’est une proportion élevée. Ça ne fait pas du FN un parti corrompu. Mais ça ne lui donne pas non plus le droit de donner des leçons d’intégrité.

Écoutez le "Parti Pris" d'Hervé Gattegno de ce jeudi en podcast.

Hervé Gattegno