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Les membres du Conseil économique et social renouvelés: "Hollande nomme ses copains"

Vue de l’hémicycle du CESE, palais d'Iéna, à Paris.

Vue de l’hémicycle du CESE, palais d'Iéna, à Paris. - AFP

Les 233 conseillers du Conseil économique social et environnemental (CESE), dont la mandature s'achève ce week-end, vont être renouvelés. Chargé de rendre des avis et des rapports sur les projets de loi et les sujets de société, le CESE est sans cesse dans le viseur pour son inutilité présumée et son coût. Mais ses membres continuent de le défendre.

Inutile, coûteux, placard doré. La mandature très décriée du Conseil économique social et environnemental (CESE) s'achève ce week-end. Ses 233 conseillers vont être renouvelés. Une très grande majorité de ses membres sont nommés par les partenaires sociaux (patronat et syndicats) et par les associations. 40 autres sont nommés par le gouvernement au titre de "personnalités qualifiées". Les membres sont censés donner des avis sur les projets de loi, émettre des idées et rédiger des rapports sur des sujets de société ou sur les finances publiques.

A part peut-être le Sénat, peu d'institution attirent autant de critiques depuis sa création que le Conseil économique, notamment en raison de son coût : 40 millions d'euros par an.

"3.000 euros par mois"

Le président nommé il y a cinq ans, Jean-Paul Delevoye, avait promis de changer cette image. Mais pour Yvan Stefanovitch, auteur du livre Rentiers d'État (éditions du Moment), le CESE ne sert à rien et n'a plus de raisons d'être. "Le président nomme ses copains. C'est une maison de retraite pour les syndicalistes, les associatifs et les politiques. On les met là et ils peuvent dormir. C'est 3.000 euros par mois. Ils ont tout frais payés et peuvent même ne pas venir. D'ailleurs les gens ne viennent pas: Laurence Parisot (ancienne présidente du Medef) n'est pas venue pendant six mois. De toute façon ils ne peuvent pas travailler puisqu'il n'y a même pas de bureau. On est chez les fous".

"C'est les recasés, c'est les copains"

Placard doré pour les copains du pouvoir en place ? Jean-Luc Touly, philosophe et journaliste d'investigation, ne dit pas autre chose. "Dans la liste des 40 nouvelles nominations faite par le gouvernement, ce sont en général tous des gens proches du parti socialiste. On a par exemple Philippe Guglielmi, conseiller régional socialiste sortant, on a Pascal Canfin, député européen d'Europe-Écologie, on a Jean-Luc Bennhamias (Modem, ancien Vert)… C'est les recasés, c'est les copains", s'agace-t-il. "Ça ne sert à rien et il faut se poser la question de son utilité. Ce CESE fait des rapports que personne ne lit, et que personne n'utilise". Ah, donc ils ne passent pas leur temps à ne rien faire, finalement, les si décriés membres.

"On a produit énormément d'avis, mais personne ne le sait"

D'ailleurs, pour l'ancien président de la Coordination rurale François Lucas, qui quitte le CESE après deux mandats, le problème n'est pas que l'institution soit utile ou non, c'est que personne ne veut l'écouter. "On a produit énormément d'avis, quelques rapports, souvent intéressants. Tout ça c'est bien, mais qui en a entendu parler ? Personne. C'est un bon outil. Après, supprimer un bon outil parce qu'on considère qu'il ne sert à rien, ce n'est pas non plus satisfaisant".

Supprimer le CESE ? Inconcevable pour Jean-Paul Delevoye, président sortant du CESE et candidat à sa succession. Il est presque dithyrambique sur le Conseil : "Chacun reconnaît la qualité de ses rapports et de ses avis, avec des avis très intéressants sur les violences faites aux femmes, sur l'égalité homme-femme, sur la sécurité sur les plateformes pétrolières, sur la transition énergétique et écologique… Le CESE n'est pas une institution archaïque, c'est une institution d'une extraordinaire modernité". Une institution moderne que beaucoup aimerait voir appartenir au passé.

Philippe Gril avec Marie Dupin