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Les Verts, parti biodégradable

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi.

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi. - -

Un sondage publié dimanche dans le JDD fait de Nicolas Hulot le candidat favori des écologistes pour la présidentielle, loin devant Eva Joly. Pour Hervé Gattegno, sa candidature (probable) fait des Verts un parti biodégradable.

Un sondage publié dimanche dans le JDD fait de Nicolas Hulot le candidat favori des écologistes pour la présidentielle, loin devant Eva Joly. Pour vous, sa candidature (probable) fait des Verts un parti biodégradable. Qu'est-ce que vous voulez dire ?

«Le Parti pris» d'Hervé Gattegno:

Que, pour être à la hauteur de ce que représente l'adhésion - ou au moins l'intérêt - aux idées écologistes, les Verts sont obligés de s'en remettre à des candidats extérieurs à leur mouvement. C'est pourquoi ils sont tentés de miser sur des personnalités capables d'attirer à la fois l'attention, la sympathie et les suffrages. C'est le profil d'Eva Joly, mais sa campagne a du mal à prendre - sans doute parce qu'elle est plus réputée pour lutter contre la corruption que contre la pollution... La percée de Nicolas Hulot, elle, autorise les Verts à rêver d'un beau résultat électoral, mais elle peut aussi marquer une perte d'identité. D'une certaine façon, elle ressemble à l'OPA de Jean-Luc Mélenchon sur le PC. De ce point de vue, c'est à la fois une chance et une menace.

Vous voulez dire que sa notoriété peut occulter le message politique des Verts ?

De Gaulle disait : "Le jour où la télévision s'occupera de la politique, les Français éliront Léon Zitrone." Avec Nicolas Hulot, c'est vrai qu'il y a un risque que le label "vu à la télé" pèse plus lourd que les convictions écologistes. D'autant plus que le corpus des Verts a des contours assez flous. Même sur la question du nucléaire, ils ne sont pas tous sur la même ligne. Sur l'Europe, il reste des divergences profondes entre les fédéralistes (tendance Cohn-Bendit) et les protectionnistes (tendance José Bové). Un candidat à la présidentielle doit être capable de faire la synthèse et de présenter un projet global. Si Nicolas Hulot veut se lancer - et je crois qu'il en a envie -, il devra avoir des idées sur le chômage, la sécurité, l'éducation. Jusqu'ici, son seul programme s'appelle Ushuaia : c'est un programme de télévision !

Vous êtes sévère : il avait quand même rédigé le Pacte pour l'écologie, que tous les candidats ont signé en 2007...

C'est vrai, mais tout le monde a compris que ça n'engageait pas à grand-chose. Alors, Nicolas Sarkozy a lancé le Grenelle de l'environnement avec Jean-Louis Borloo et disons que, sans la menace de la candidature de Nicolas Hulot en 2007, il n'y aurait sans doute jamais eu de grand ministère de l'Écologie. Cela dit, le gouvernement actuel a renoncé à la taxe carbone et Nicolas Sarkozy a même dit publiquement que la page de l'écologie était tournée. En tout cas momentanément : il est probable que lui comme les autres vont repeindre leur discours en vert à l'approche de l'élection.

Plusieurs dirigeants des Verts exigent que Nicolas Hulot s'engage à ne pas appeler à voter pour Nicolas Sarkozy au 2e tour. Est-ce qu'on peut le soupçonner d'être un sous-marin de l'UMP ?

Ce n'est pas parce qu'il travaille à TF1 qu'il est forcément sarkozyste - il ne faut pas caricaturer. Disons qu'il a montré moins d'affinités avec la gauche qu'avec la droite - notamment avec l'entourage de Jacques Chirac, puis avec Borloo et Nathalie Kosciusko-Morizet. En tout cas, pour l'instant, la question n'est pas tant de savoir qui il pourrait soutenir au second tour que de s'assurer qu'il serait lui-même soutenu par les Verts avant le premier tour. À défaut, il risque de ressembler non pas à un sous-marin mais au capitaine du Titanic. Le syndrome du Titanic, c'était le titre de son film : il parlait de la planète et du réchauffement climatique. Faire une campagne présidentielle, ça pourrait être pour lui un cauchemar tout aussi terrible !

Hervé Gattegno