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Lien prouvé entre pesticides et infertilité: "On nous donne à manger des hormones féminines"

Épandage de pesticides sur un champ de salades.

Épandage de pesticides sur un champ de salades. - Philippe Huguen - AFP

Les spécialistes de la fertilité ne sont pas étonnés des résultats d'une étude, publiée mercredi, qui explique la baisse de qualité du sperme humain par l'usage intensif des pesticides sur les fruits et légumes. Explications et conseils sur RMC.

Pesticide et infertilité : le lien ne fait plus aucun doute. C'est en tous cas la conclusion d'une étude publiée mardi dans la revue européenne spécialisée Human Reproduction. Les habitudes de nutrition de 155 hommes âgés de 18 à 55 ans, ont été étudiées par les chercheurs entre 2007 et 2012. Les hommes qui consomment le plus de fruits et légumes chargés en pesticide ont un nombre de spermatozoïdes inférieur de 49%, à ceux qui en consomment moins. Ils ont également un nombre de spermatozoïdes de formes anormales supérieur de 32%.

"25% de couples ont un problème de fertilité, avant c'était 10%"

Des conclusions qui ne surprennent pas le gynécologue-obstétricien, Hugues Reynes, spécialiste de la fertilité: "Entre 15 et 25% de couples ont un problème de fertilité alors qu'il y a un certain nombre d'années, c'était 10% et pas plus. On voit bien qu'il y a un impact de l'environnement sur la fertilité".

"On donne à manger des hormones aux hommes, et notamment des hormones féminines, détaille sur RMC l'andrologue Sylvain Mimoun, qui accueille dans son cabinet, des hommes en difficulté. Parmi ces hormones, on retrouve des xéno-oestrogènes (des perturbateurs endocriniens, ndr), qui font partie des pesticides". Il explique que "c'est au niveau des fruits qu'il y a le plus de risques, donc on conseille on conseille toujours de bien laver la peau ou de la retirer".

"Peler les fruits, manger local et de saison"

Laver la peau ou peler les fruits… des recommandations simples qui permettent de diminuer le nombre de résidus de pesticides que nous ingérons. Invité ce mercredi de Jean-Jacques Bourdin, le Dr Patrice Halimi, secrétaire général de l’association Santé Environnement France, a donné d'autres conseils aux consommateurs. "Evidemment, le mieux est de manger bio, mais cela a un coût. Si financièrement ce n'est pas faisable, on peut commencer par peler les fruits. Cela enlève 20 à 30% de résidus de pesticides. Ce petit geste que vous ferez chaque jour baissera in fine la pression de ces pesticides sur vous".

Le Dr Halimi conseille également de "manger local et de saison". "En évitant le transport, vous évitez les conservateurs qu'on met sur ces fruits et légumes. Les fraises vendues en décembre, elles ont connu surtout des pesticides et ont poussé hors sol. Pareil pour les tomates. Alors que les fruits de saison ont eu moins besoin d'être imprégnés de pesticides", ajoute-t-il.

P. Gril avec T. Chupin et JJ. Bourdin