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Loi mannequin: La mode gagne toujours parce qu'elle a le pouvoir

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En janvier 2016, une loi a été adoptée pour lutter contre l'extrême maigreur des mannequins. Mais un an plus tard, elle n'est toujours pas entrée en vigueur. Un immobilisme qui n'étonne pas Victoire Maçon-Dauxerre, ancienne mannequin, tombée dans l'anorexie en voulant se conformer aux mensurations standards des grandes maisons de mode.

Victoire Maçon-Dauxerre, est l'auteur du livre Jamais assez maigre, le journal d'une top model. Ancienne mannequin, elle y raconte son anorexie alors que les agences la pousse à faire une taille 32-34 pour 1,78m. Elle est aujourd'hui comédienne:

"Je savais que la loi ne changerait rien. L'an dernier, après que la loi soit passée, les mannequins de la Fashion Week étaient encore plus maigres qu'à la Fashion Week précédente.

J'ai même eu rendez-vous avec Marisol Touraine, et j'ai été affligée. Je suis arrivée avec plein de propositions, c'est un sujet qui me tient forcément à cœur. C'est un sujet qui touche le droit des femmes au-delà du mannequinat: toutes les jeunes filles s'identifient à ces mannequins qui sont incités à la maigreur.

Si les créateurs veulent continuer à prendre des femmes aussi grandes, il faut prendre des femmes qui font une taille 38. Personne ne peut être en bonne santé en étant si grande et si maigre. Marisol Touraine m'a répondu que ça allait être très compliqué. Elle m'a aussi dit qu'elle avait rencontré des créateurs qui lui avait dit que si la loi était appliquée, ils iraient défiler ailleurs…

Ça fait partie du rayonnement de la France, je le comprends, Paris est la capitale de la mode. Ça rapporte énormément d'argent et de tourisme et apparemment c'est bien plus important que la santé et le droit des Françaises.

La mode gagne toujours parce qu'elle a le pouvoir. Quand Karl Lagerfeld déclare publiquement qu'un tailleur Chanel ne va pas à une femme qui a de la poitrine, on n'a pas le droit de dire des choses comme ça. Lui le dit partout et tout le monde l'encense: oui c'est un génie pour ses créations, mais en tant qu'être humain je n'ai aucune admiration et aucun respect pour lui. On ne peut pas dire des choses pareilles. Il n'a aucun respect pour les femmes.

Malheureusement, je ne crois pas à cette loi et je pense que ça viendra plus d'une prise de conscience dans la société, mais on n'en est loin. Il faudrait que ça vienne aussi des magazines de mode, mais eux-aussi sont sous l'emprise des marques qui les financent. Donc c'est un cercle vicieux.

"Les entreprises de mode ont une responsabilité morale"

Ce qui est grave c'est que les entreprises de mode ont un pouvoir énorme. Elles touchent énormément de personnes dans le monde et à ce titre ils ont une responsabilité morale et publique de véhiculer l'image d'un corps sain.

Il faudrait que la loi soit applicable sur le sol français et pas seulement dans les agences françaises sinon les maisons de haute couture iront chercher dans d'autres agences. Il faudrait une loi européenne ou internationale. Et au-delà des lois il faudrait une prise de conscience dans la société aujourd'hui. Est-ce que c'est le message que l'on veut faire passer aux petites filles? Est-ce qu'on veut leur dire qu'une femme belle doit ressembler à un sac d'os? C'est affligeant!

Est-ce qu'il y aura une nouvelle génération de créateurs qui se dira qu'il faut changer ça? Mais j'ai des amis qui travaillent dans des écoles de mode et qui me disent qu'ils bossent sur des patrons de taille 34. Donc tout est à changer.

Moi j'ai pesé 47 kilos pour 1,78m, ça correspond à un IMC de 15,5 qui correspond à un état de famine, pour rentrer dans cette fameuse taille 32. Je mangeais une pomme par jour. Et je n'étais pas la seule, c'est impossible.

Etre mannequin devrait être un métier normal avec des gens en bonne santé. Ça devrait être quelque chose de normal mais c'est un peu plus compliqué apparemment".

Propos recueillis par Paulina Benavente