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Mal-logement: pourquoi la construction de logements est insuffisante

Dans "Apolline Matin" ce jeudi sur RMC et RMC Story, Emmanuel Lechypre s’est penché sur la politique du logement en France, avec une construction insuffisante pour combattre le mal-logement.

Plusieurs candidats de gauche planchaient ce mercredi devant la fondation Abbé Pierre sur le mal-logement. Pourquoi on n’arrive pas à résoudre ce problème en France ? Parce qu’il y a un manque de volonté évident. On ne s’attaque pas au mal-logement en France parce que trop de gens ont intérêt à ce qu’on ne s’y attaque pas…

Quand on veut, on peut, l’histoire l’a prouvé. Il y a eu toutes les lois en faveur du logement social entre 1880 et 1914, dont les fameuses cités jardins, jusqu’à la loi Loucheur promulguée en 1928.

Après l’appel de l’Abbé Pierre en 1954, on a su relancer la construction de logements populaires. Une volonté qui a culminé en 1958 avec les ZUP, les zones à urbaniser en priorité. En moins de 15 ans, 220 ZUP offrant 2,2 millions de logements seront réalisées.

Relancer la construction de logements aurait beaucoup d’avantages. Sur le papier, c’est vrai. Construire et rénover des logements, c’est créer de l’emploi, sur tout le territoire. Des emplois non-délocalisables, qui tirent toute l’économie (quand le bâtiment va, tout va). C’est baisser le coût du logement, c’est bon pour l’environnement. Donc on redonne du pouvoir d’achat aux Français. C’est aussi améliorer le vivre-ensemble, donc la sécurité, les résultats scolaires. Sauf que l’effort public pour le logement n'a jamais été aussi faible depuis presque 40 ans. Et guère mieux sous Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande.

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Maires, propriétaires, Etat... Tous contre la construction

Mais qui peut être contre la relance du logement ? Les maires qui ne veulent pas construire, pour des raisons idéologiques. Les maires verts notamment, sous prétexte d’arrêter la bétonisation. Ou les maires qui, sous la pression de leurs électeurs, ne veulent pas que leurs villes accueillent davantage de logements sociaux. Un maire bâtisseur est souvent un maire battu.

Et puis surtout, il y a les propriétaires: 58% des familles françaises sont propriétaires et n’ont aucune envie que le prix de leur patrimoine baisse. 

On peut s’interroger aussi sur l’Etat. D’abord parce que les 35 à 40 milliards d’euros d’aides au logement distribués chaque année poussent à la hausse le coût du logement. Chaque euro supplémentaire d’aide au logement accordé se traduirait par une augmentation de 78 centimes d’euro du loyer.

Ensuite, parce que la hausse des prix de l’immobilier est une manne pour l’Etat et les collectivités locales. Entre 2013 et 2021, les droits de mutation sont passés de 7 à 14 milliards d’euros. Pas vraiment intérêt à toucher moins! 

Emmanuel Lechypre