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Malgré la crise, les étudiants des filières agricoles "ne se voient pas faire autre chose"

70% des jeunes agriculteurs qui se lancent dans le secteur sont des enfants d’agriculteurs (Photo d'illustration).

70% des jeunes agriculteurs qui se lancent dans le secteur sont des enfants d’agriculteurs (Photo d'illustration). - Philippe Huguen - AFP

Malgré la grave crise que traverse l'agriculture française, les étudiants des filières agricoles font preuve d'un optimisme étonnant quant à l'avenir du secteur. Reportage dans un lycée - BTS du Loiret.

La grave crise que traverse l'agriculture française n'a pas entraîné de crise des vocations. Ça paraît paradoxal, mais les étudiants des filières agricoles continuent à avoir la foi en leur futur métier. C'est ce qu'a constaté RMC au lycée - BTS agricole Le Chesnoy, à Amilly, dans le Loiret. Dans ce département rural, plus de la moitié des terres sont consacrées à l'agriculture, avec notamment près de 500 élevages de vaches laitières ou bovines.

Au Chesnoy, le troupeau d'élèves côtoie les troupeaux de mouton, qui paissent tranquillement juste au fond de la cour de récréation. S'ils n'ingurgitent pas d'herbes mais des ballots de données sur l'agriculture et l'environnement, les étudiants aussi sont très tranquilles quant à leur avenir. Comme Édouard, en deuxième année de BTS et qui se fiche éperdument de la crise agricole et de l’avenir morose du secteur.

"Non, ça ne me déprime pas, répond tout de go ce fils d’agriculteur. Mon père est assez inquiet au sujet de l'avenir mais depuis tout petit je suis dans ce milieu-là, j'ai été bercé par l'agriculture et je ne me vois pas faire un autre métier. Même si c'est dur, il faut trouver des solutions".

"Je suis enchanté de me lancer là-dedans"

Étonnant ce discours apaisé, qui tranche avec la grande colère de la profession, qui s'est une nouvelle fois exprimée ce week-end lors de l'inauguration du Salon de l'agriculture, à Paris. Un discours qui est aussi celui de Valentin, qui se destine à l'élevage. Malgré le contexte, il n'a "pas du tout" envie de faire autre chose. "Je suis enchanté de me lancer là-dedans, assure-t-il. Je n'ai jamais eu aucun doute. Si tout le monde se dit que l'agriculture est mauvaise, plus personne ne sera agriculteur et ce n'est pas ce qu'il faut faire. Il faut persister, si tout le monde baisse les bras, c'en sera fini de l'agriculture. Il faut se serrer les coudes".

"Il faut se tourner vers l'écologie, les produits bio"

Cette envie, cet optimisme, les élèves en sont bourrés, assure la directrice adjointe de l’établissement, Karine Vallée. "J'ai face à moi des jeunes qui sont extrêmement motivés, qui ont la fougue de la jeunesse. C'est une passion qu'ils ont au fond d'eux-mêmes, et ils restent optimistes".

Optimistes car persuadés de détenir les clés d'une agriculture efficace. "La demande des consommateurs se tourne beaucoup vers le bien-être animal, l'écologie, les produits bio. Il faut aller dans le sens de la demande pour avoir des débouchés", est persuadée Audrey, 19 ans, et une confiance inaltérable en l'avenir.

Pourtant les jeunes qui s’installent aujourd’hui connaissent très bien les difficultés du monde agricole, car 70% d’entre eux sont des enfants d’agriculteurs.

Philippe Gril avec Antoine Perrin