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Malgré un contrôle judiciaire, elle fuit au Maroc: la "Veuve noire" sera-t-elle présente à son procès?

Le procès de Fatima Anechad, surnommée "La Veuve noire", doit s'ouvrir le 9 mai à la cour d'assises de Paris. Elle devra répondre des accusations de meurtre sur son compagnon, dont le corps a disparu. Mais l'accusée, pourtant soumise à un contrôle judiciaire serait partie se réfugier au Maroc. Karen Bendeçon, fille de la victime, craint qu'elle ne remette jamais les pieds en France.

C'est l'histoire d'un incroyable dysfonctionnement de la machine judiciaire. Fatima Anechad, surnommée "La Veuve noire", est attendue le 9 mai à la cour d'assises de Paris. Âgée de 65 ans, elle doit comparaître pour l'assassinat de son compagnon, Roger Bendeçon, disparu depuis 2002. Fatima Anechad est surnommée "la Veuve noire" depuis la disparition de son premier mari en 1980, sans qu'aucune enquête n'ait été diligentée. Jamais les corps de ses deux anciens compagnons ne seront retrouvés.

"Le commissariat n'a pas prévenu le parquet"

Mais si elle est attendue devant la cour d'assises le 9 mai, elle pourrait bien ne jamais se présenter dans le box. D'après différentes sources, Fatima Anechad serait actuellement au Maroc. Depuis le mois de juillet, elle ne respecte plus son contrôle judiciaire et ne pointe plus au commissariat de Montreuil, où elle est censée se rendre deux fois par semaine. Or, ces absences n'ont été révélées… qu'au mois de décembre.

"J'ai appris par quelqu'un de sa famille qu'elle avait quitté la France, explique ce jeudi dans Bourdin Direct Karen Bendeçon, la fille de Roger Bendeçon. Quand je suis allé voir le commissariat de Montreuil avec mon avocat, mais le commissariat n'a pas souhaité nous donner l'information. Nous sommes partis voir le parquet, et trois semaines après nous avons enfin eu l'information comme quoi elle ne pointait pas à son contrôle judiciaire et que le commissariat de Montreuil, chose grave, n'avait pas informé le parquet".

Cinq mois pour se rendre compte de sa fuite

L'affaire date du 30 mars 2002. Roger Bendeçon, 52 ans, ancien joaillier, s'envole pour le Maroc avec Fatima, sa compagne. Cinq jours plus tard, elle revient seule. Et procède à la vente des meubles et des bijoux de son compagnon. Alors que les enfants de Roger Bendeçon s'inquiètent, Fatima leur apporte une preuve de vie, un enregistrement téléphonique avec la voix de leur père. Mais en 2007, un ingénieur du son révèle avoir fabriqué ce message à la demande de Fatima. C'est ce tournant qui vaudra à Fatima sa mise en examen, puis son renvoi devant les assises.

Dans cette affaire, elle a toujours clamé son innocence. Reste à savoir si elle se défendra elle-même à son procès, ou si elle sera jugée par contumace (en son absence, NDR).

"C'est incroyable que le commissariat n'est pas donné l'alerte"

Une possibilité qui révulse Karen Bendeçon, la fille de Roger Bendeçon, qui ne comprend pas comment Fatima Anechad a pu se soustraire aussi facilement à son contrôle judiciaire. "J'en veux aux autorités et à la justice française, clame-t-elle sur RMC. C'est normal. C'est incroyable que le commissariat n'est pas donné l'alerte. Aujourd'hui on est quand même à l'heure du numérique, ils ne sont plus avec un petit carnet à spirale, quand quelqu'un ne signe pas son contrôle judiciaire on s'en aperçoit".

Impossible pour Karen Bendeçon de tourner la page, sans avoir d'explications de la part de l'assassin présumée de son père. "Je n'ai pas le corps de mon père, je n'ai pas pu l'enterrer. La seule page pour moi qui était déterminante c'était d'avoir un procès, de l'avoir en face de moi et de la voir en prison. Se dire qu'on arrive enfin au procès et qu'elle ne sera pas présente tout ça à cause de l'erreur d'un commissariat, ça paraît irréaliste".

"Elle sera présente à son procès", assure son avocat

"Son procès a lieu le 9 mai et je vous dis qu'elle sera présente", assure de son côté Pascal Garbarini, l'avocat de Fatima Anechad. Il en est convaincu, sa cliente sera dans le box des accusés. "La procédure démontre qu'elle a toujours respecté ses convocations devant le juge d'instruction, et je ne vois pas pourquoi elle ne se présenterait pas devant la cour d'assises. Ce n'est pas parce qu'il peut y avoir des coups de canif dans un contrôle judiciaire que pour autant on est avec quelqu'un qui est en fuite. Mme Fatima Anechad a toujours clamé son innocence, dont on est face à quelqu'un qui veut faire éclater la vérité".

Philippe Gril avec Benjamin Smadja