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Manifestation autorisée: "L'opinion est perdue et a le sentiment d'un gouvernement qui navigue à vue"

Manuel Valls était partisan d'une interdiction de la manifestation et a dû faire marche arrière.

Manuel Valls était partisan d'une interdiction de la manifestation et a dû faire marche arrière. - Patrick Kovarik - AFP

Le gouvernement a fait volte-face mercredi et décidé d'autoriser la manifestation contre la loi Travail de jeudi. Une décision qui pourrait fragiliser l'exécutif?

La manifestation de jeudi, finalement autorisée est une "victoire pour les syndicats et la démocratie" ont salué Philippe Martinez et Jean-Claude Mailly, les responsables CGT et FO. Une manifestation initialement interdite et obtenue à l'arrachée. Dans le camp socialiste, certains reconnaissent que ce volte-face discrédite le gouvernement. C'est l'avis d'Alexis Bachelay, député PS des Hauts-de Seine et porte-parole de la Gauche forte.

"Une séquence comme celle-là ne peut qu'affaiblir un exécutif qui dans les mots parle d'autorité, de fermeté, de responsabilité et qui dans les faits n'arrive à assumer aucun de ces trois termes. L'inflexibilité du chef du gouvernement n'apporte aucune solution, et au contraire elle pose des problèmes", estime l'élu de gauche.

"Un aveu d'impuissance"

Plusieurs lignes s'affrontaient en effet au sein du gouvernement. Manuel Valls souhaitait l'interdiction des manifestations, Bernard Cazeneuve craignait lui les conséquences de manifestations "sauvages" et non autorisées. Au centre François Hollande a d'abord laissé faire mais face à la fronde a fini par trancher en faveur d'un compromis avec les syndicats. Une cacophonie qui a fait réagir le patron des Républicains Nicolas Sarkozy pour qui le gouvernement fait démonstration de son manque d'autorité.

"Plus personne n'y comprend plus rien. Il n'y a plus d'autorité dans le pays et la seule chose qui est vrai c'est que c'est la CGT qui menace, la CGT à laquelle le gouvernement obéit. C'est un aveu d'impuissance, c'est un manque de fermeté et c'est une marque coupable de faiblesse", juge le chef de l'opposition. 

Le député PS Razzi Hammadi continue lui de soutenir le gouvernement qui voit toujours dans la ligne de l'exécutif "une grande cohérence". "Est-ce qu'il y aura une manifestation? Oui. Est-ce que le droit à manifester est garanti? Oui. Est-ce que cela se fait à travers un trajet qui est proposé par le ministère de l'Intérieur qui lui n'a pas a priori de trajet favori ou pas. Lui il a un trajet favori qui garantit la sécurité", assure le député de Seine-Saint-Denis. 

"L'opinion est perdue"

Pour les syndicats, satisfaits de pouvoir défiler dans la légalité, ce revirement du gouvernement plaide en faveur du dialogue qu'ils espèrent voir fructifier sur le texte de loi Travail. C'est en effet sur la suite de l'évolution du conflit social que le gouvernement va jouer sa crédibilité estime le politologue Olivier Rouqan.

"Il perdra définitivement toute crédibilité si ce texte de loi ne va pas jusqu'au bout désormais. Parce qu'il est vrai que pour aboutir à son vote le gouvernement aura grillé beaucoup de cartouches", analyse-t-il.

Mais désormais pour le politologue, "l'opinion est perdue et a le sentiment d'un gouvernement qui navigue à vue, qui se contredit, traversé par des forces très contradictoires".

Carole Blanchard avec Stéphanie Collié