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Mayotte au bord de l'embrasement: "On est en France, ce n'est pas normal"

Grève générale à Mayotte

Grève générale à Mayotte - ORNELLA LAMBERTI / AFP

TEMOIGNAGES - Des violences urbaines ont éclaté dans la nuit de lundi à mardi à Mamoudzou, chef-lieu du département de Mayotte, en marge de la grève générale lancée depuis plus de deux semaines par une intersyndicale.

Des jeunes cagoulés et armés de couteaux et de barres de fer terrorisent les habitants de Mayotte. Depuis ce week-end, la grève générale (en cours depuis deux semaines) prend des allures de guérilla urbaine. Dans la nuit de lundi à mardi, à Mamoudzou, chef-lieu du département de Mayotte, 85 voitures ont été caillassées et les autorités font état d'au moins un blessé. Les grévistes ont aussi érigé des barrages aux quatre coins de l'île, empêchant tout accès vers le centre de Mamoudzou.

"Ce sont des enfants, précise à RMC Daphné, sage-femme sur l'île. Ils jettent des parpaings, des cailloux. Ils ont des couteaux, des battes, des bouts de bois… Devant des adultes, des enfants, des bébés en couche… ils agressent sans aucun prétexte. C'est gratuit. Ils attendent dans les rues, ils les bloquent et agressent. Le problème c'est qu'il n'y a personne pour les remettre dans le droit chemin".

"C'est un suicide économique"

"La plupart des gens ne peuvent pas aller travailler", explique de son côté Bertrand, un métropolitain installé sur l'île depuis 15 ans et qui estime que cette grève va encore faire beaucoup de mal à l'économie de Mayotte. "Il y a quatre ans, il s'est passé à peu près la même chose. Cela a duré cinq semaines pendant lesquelles l'économie de l'île a été totalement assassinée. On s'en remet à peine et l'on va recommencer", désespère-t-il.

Et de s'inquiéter: "Ces grèves prennent une forme totalement insurrectionnelle mais sans objectif bien précis. Il n'y a pas de mot d'ordre". "De mon point de vue, c'est totalement ridicule car on a une économie très fragile et, là, on est en train de la tuer, poursuit-il. C'est un suicide économique: on casse le peu de choses que l'on a". Béatrice, pharmacienne à Mayotte, s'inquiète de la tournure des événements.

"Nous sommes abandonnés"

"Des bandes de jeunes rivales se déchaînent sur tout le monde, sur tout ce qui se trouve sur le passage. Ils volent les passants, ils sont sans foi ni loi, cagoulés, armés pour la plupart d'une machette ou de barres de fer… L'un avait même une tronçonneuse ! Ça me fait peur. On ne peut pas vivre comme ça ! On est en France, ce n'est pas normal. Nous sommes abandonnés".

Pour rappel, un conflit social oppose depuis deux semaines les autorités mahoraises et plusieurs syndicats revendiquant "l'égalité réelle" entre la métropole et le département d'outre-mer, réclamant notamment l'alignement des prestations sociales et l'application du Code du travail national, ainsi que des moyens de lutte contre l'insécurité et la construction d'écoles.

Maxime Ricard avec Romain Poisot