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Médecine du travail: chez EuropAmiante, on attend une réforme de toute urgence

Des désamianteurs en Corse, en avril 2012.

Des désamianteurs en Corse, en avril 2012. - AFP

TEMOIGNAGES - Le rapport du député PS de l'Isère Michel Issindou préconise d'espacer les visites obligatoires chez le médecin du travail pour la majorité des salariés pour concentrer les moyens sur les professions à risque. Reportage dans une entreprise de désamiantage, où l'on se sent "un peu abandonné".

Et si la visite médicale au travail n'était plus aussi systématique? C'est l'une des recommandations du rapport du député PS de l'Isère Michel Issindou, présenté ce jeudi au Conseil d'orientation sur les conditions de travail.

Le rapport préconise d'espacer les visites obligatoires, pour la majorité des salariés, d'une fois tous les deux ans actuellement à une fois tous les cinq ans. Le but: concentrer les efforts et les moyens sur les salariés occupant des postes à risque (pilotes d'avions, contrôleurs de trains, etc.).

"On se sent un petit peu abandonné"

Ces professions à risques attendent de toute urgence un meilleur suivi. C'est le cas des équipes de terrain de l'entreprise EuropAmiante. A commencer par le superviseur Marian Makhe:

"On se sent un petit peu abandonné, parce que, quelques années en arrière, on était suivi tous les six mois, témoigne-t-il au micro de RMC. Après ça a été calé tous les ans. Et maintenant, c'est tous les deux ans". 

Pourtant les risques, eux, sont toujours les mêmes. Alors, avant de partir en intervention, c'est combinaison intégrale, gants en latex, bottes et masque à ventilation obligatoire. Le tout sous l'oeil vigilant du chef de chantier Jonathan Bleuze.

"Jérémy, fais-moi voir ton masque, lance-t-il à l'un de ses ouvriers. C'est ok! Même si vous avez une protection respiratoire, il y a forcément des fibres qui passent. Ma femme, à la maison, me dit souvent qu'elle espère qu'il n'y aura pas de maladie plus tard!"

"Je ne peux pas décider de faire passer des examens complémentaires"

La directrice Carine Rouvier voudrait faire plus pour la santé de ses salariés.

"Moi, je ne peux pas décider de faire passer des examens complémentaires à l'intégralité des désamianteurs, explique-t-elle. En tant que patron, on a une interdiction formelle, en termes de droit du travail, de se mêler de ça. Du coup, je n'ai aucun moyen d'action là-dessus, à part interpeller la médecine du travail".

Carine Rouvier mise beaucoup sur cette nouvelle proposition mais elle espère que son administration sera, elle aussi, mieux suivie par la médecine du travail.

C. P. avec Marion Dubreuil