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Mediator: un ancien cadre raconte "la méthode Servier" pour vendre ses médicaments

RMC a recueilli ce vendredi le témoignage d'un ancien cadre commercial du laboratoire Servier. Il a raconté comment la pression était mise sur les délégués médicaux pour qu'ils incitent les médecins à prescrire les médicaments du labo, et comment ces derniers étaient appâtés.

C'est un témoignage qui éclaire sur les méthodes de certains laboratoires pharmaceutiques, et particulièrement du laboratoire Servier, pour faire pression sur les médecins. Après le cri de colère de celle qui a révélé le scandale du Mediator, Irène Frachon, ce vendredi sur RMC et BFMTV, alors que les victimes du médicament ne sont toujours pas indemnisées, Jean-Jacques Bourdin a recueilli sur RMC le témoignage de Paul. Si son prénom a été modifié, c'est parce qu'il a travaillé plusieurs années chez Servier, notamment en tant que directeur régional et qu'il ne souhaite pas être reconnu.

"Les labos achètent les prescriptions médicales"

"Les laboratoires en général et Servier en particulier achètent les prescriptions médicales", déclare-t-il tout de go. "Tout est fait pour que les médecins prescrivent de manière importante les médicaments du groupe Servier". Il explique comment cela se passait : "Dans le cadre d'études médicales, on demande au médecin de signer une convention dans laquelle il s'engage à prescrire chez un nombre déterminé de patients un médicament pendant une période donnée, et dans cette période il ne va prescrire que ce médicament-là pour cette pathologie-là. Et à la clé il aura une rémunération". Il assure avoir constaté que "peu de médecins résistent". "Il y en a toutefois plus qu'avant, notamment chez les nouveaux médecins ".

"On en vient à regretter qu'il n'y a pas assez de malades!"

Paul, qui a eu sous ses ordres des délégués médicaux, chargés de "vendre" aux médecins les médicaments du laboratoire pour lequel ils travaillent, raconte les méthodes de vente. "Chez Servier on force les délégués à connaître mot pour mot leur argumentaire, à la virgule près. Ce sont des robots. Ils ont une pression d'enfer. On leur demande de faire 7 contacts par jour (rendez-vous avec des médecins, NDR), c'est énorme !"

"On demande aux managers de mettre la pression aux délégués, de leur dire par exemple: 'vous êtes nuls, vous ne vendez pas assez, les médecins ne prescrivent pas assez'... Quelque part, ça revient à regretter qu'il n'y a pas assez de malades !".

"On ne vend pas des voitures, on vend des médicaments"

"Je ne crache pas dans la soupe, ça m'a nourri, reconnaît Paul. Mais j'ai été confronté sur le plan humain a des choses dramatiques et j'ai quitté Servier, après 25 années passées à travailler pour des labos pharmaceutiques, parce que plus le temps passait, moins je supportais ce que j'entendais".

Un système global contre lequel s'élève également Irène Frachon, qui estime sur RMC / BFMTV que "le complexe médico-industriel est braqué contre cette affaire (du Mediator) car elle ébranle ses liens d'intérêts" (cf vidéo ci-dessous). La pneumologue du CHU de Brest qui note que "Servier continue à sponsoriser des séminaires et des grandes réunions médicales".

Une réalité qui a fini par dégouter Paul. "L'industrie pharmaceutique n'est pas une industrie comme les autres : il y a la santé des gens en jeu. On ne vend pas des voitures, on vend des médicaments censés soigner les gens !"

P. G. avec JJ Bourdin