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Mélenchon : la menace et la chance du PS

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi.

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Jean-Luc Mélenchon, candidat déclaré au nom du Parti de gauche, espère l'investiture du Parti communiste. Tout le monde pense qu'il représente une menace pour le PS, mais il est peut-être sa meilleure chance. Comment expliquer ce paradoxe ?

Les raisons pour lesquelles la candidature de Jean-Luc Mélenchon peut nuire au PS crèvent les yeux. Comme il s'ajoute à la liste de ceux qui auront obligatoirement un candidat - les Verts, le NPA, Lutte ouvrière, et bien sûr le PS -, il contribue à morceler l'électorat de gauche. Et comme il concentre ses assauts sur les socialistes, et surtout sur DSK, on ne peut pas le voir a priori comme un allié du PS. Mais ce que je veux dire, c'est que justement la vigueur de ses attaques, la radicalité de son discours sont sans doute le meilleur moyen de faire sortir le PS de l'espèce de léthargie idéologique dans laquelle il reste plongé. Je fais le pari que face au tourbillon Mélenchon, le PS ne pourra pas rester immobile. Les socialistes vont devoir enfin choisir entre le grand soir et... le grand saut !

Jean-Jacques Bourdin : Vous voulez dire qu'ils vont devoir choisir clairement la social-démocratie ?

Je le crois. L'effet Mélenchon peut servir de catalyseur. Dans le composé rosâtre de la pensée socialiste, quelques gouttes de sa solution explosive (et de ses solutions expéditives) vont provoquer une réaction chimique. Jean-Luc Mélenchon explique qu'en se ralliant à l'Europe, les socialistes ont rompu avec la gauche et avec le peuple. Mais ni Mitterrand, ni Jospin, ni a fortiori François Hollande et Martine Aubry n'ont clairement assumé un virage politique - à l'inverse de ce qu'ont fait les sociaux-démocrates en Allemagne, en Espagne, en Grande-Bretagne. Chez les socialistes français, on entend encore des discours anticapitalistes, des diatribes contre l'argent -, la crise financière les a même renforcés. Par réaction, par répulsion, par instinct de conservation, l'effet Mélenchon peut les aider à tourner la page. Surtout si c'est DSK qui représente le PS en 2012 !

JJB : Pourtant, vous l'avez dit, Mélenchon ne rate pas une occasion d'attaquer DSK. Il a dit, cette semaine dans Libération : "DSK incarne tout ce qui a conduit la gauche à sa perte en Europe" !

Je ne sais pas de quelle perte il parle, mais dans les trois pays que j'ai cités, les sociaux-démocrates ont conquis le pouvoir avant de le perdre - en Espagne, ils y sont encore. Si je pousse mon raisonnement jusqu'au bout, le retour de DSK contribuerait encore plus à la clarification. Comme Mélenchon le traite d'"affameur des peuples" et de suppôt des élites financières, au moins, le choix sera net. On sortira des faux-semblants. Et puis, il faut rapporter la capacité de nuisance de Jean-Luc Mélenchon à son influence réelle plutôt qu'à son audience médiatique. Il fait du vacarme, mais dans les sondages, plafonne à 5 % d'intentions de vote, quand Olivier Besancenot est à 7 %. Donc attention : l'effet Mélenchon, c'est aussi de diviser l'extrême gauche. Et comme il mord aussi sur l'électorat protestataire de Marine Le Pen, il limite aussi, quoi qu'on en dise, le risque d'un nouveau 21 avril.

JJB : Il peut finir par se rapprocher des socialistes en 2012 ?

Il jure que non, mais on n'est pas obligé de le croire. S'il est le candidat du PC, on n'imagine pas les communistes ne pas préférer un socialiste à Nicolas Sarkozy dans un second tour. Et puis Mélenchon a quand même été ministre de Mitterrand - à l'époque, le choix européen ne le gênait pas, d'ailleurs. Quelques staliniens historiques, comme Maxime Gremetz, l'accusent déjà d'être le fossoyeur du PC. Vous voyez qu'on est toujours le social traître de quelqu'un !

Mélenchon : la menace et la chance du PS

Hervé Gattegno