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Menacé de mort après avoir soutenu Charlie Hebdo: "J'ai cru que ce n'était qu'une blague mais..."

Un lycéen est menacé de mort pour avoir soutenu Charlie Hebdo

Un lycéen est menacé de mort pour avoir soutenu Charlie Hebdo - AFP

Depuis quatre mois, Louis, lycéen à Saint-Maur-des-Faussés (Val-de-Marne), vit un cauchemar. Sa faute? Etre le rédacteur en chef du journal du lycée qui a sorti un numéro spécial sur les attentats de janvier. Depuis, il reçoit des menaces de mort. Ce vendredi, il témoigne sur RMC.

Menaces de mort et courriers anonymes. Depuis de longues semaines, il n'est plus question de traîner après les cours pour Louis. Cet adolescent, scolarisé dans un lycée de Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne), vit dans l'angoisse permanente. Il est en effet pris pour cible par certains de ses camarades. Sa faute? Etre le rédacteur en chef du journal du lycée La mouette bâillonnée et avoir fait paraître le 22 janvier un numéro spécial "Je suis Charlie" en réaction aux attentats. Un numéro réalisé par la contribution de nombreux lycéens et professeurs, des dessins, des billets d'humeur sans polémique particulière.

"Commence à faire tes adieux"

Mais depuis la parution de ce numéro, Louis reçoit donc des menaces de mort, des lettres sans équivoque ou des balles de pistolet. Alors désormais, chaque soir il rentre chez lui accompagné par son père ou le proviseur. " Depuis la publication du journal, j'ai reçu sept menaces de mort dont deux à la maison et deux autres contenant des balles de pistolet, témoigne-t-il sur RMC. C'est très direct. Il y est par exemple écrit: 'On veut ta mort', 'Commence à faire tes adieux'".

La dernière lettre date du 4 mai. Elle a été déposée dans l'enceinte même du lycée. C'est pourquoi, le jeune homme en est persuadé : chaque jour il croise l'auteur de ces menaces dans les couloirs de l'établissement. "Forcément la personne est du lycée puisque celui-ci est fermé avec le plan Vigipirate. Donc ce ne sont que des personnes qui peuvent rentrer qui déposent les lettres dans la boîte aux lettres dédiée au journal", explique-t-il.

"Je ne comprends pas pourquoi"

"A un moment, j'ai cru que ce n'était qu'une blague mais vu la violence et la continuité, j'ai peur. Cela ne fait jamais plus de deux lignes. Je ne comprends pas pourquoi, peut-être que j'ai fait une faute", s'interroge-t-il, abasourdi par tout ce qui lui arrive. Heureusement, dans cette période difficile à vivre pour lui, Louis peut compter sur quelques soutiens: "Mes amis sont là, les professeurs aussi. Scolairement mais aussi psychologiquement, ils ont toujours été là pour moi et je les en remercie encore aujourd'hui".

A ses côtés notamment, Pierre-Louis, 16 ans, membre du journal du lycée et présent quand Louis a reçu la dernière menace de mort. "Il y était écrit que c'était la fin pour lui et qu'il devait prévenir ses proches", se souvient-il. Et d'ajouter: "J'essaye de l'aider moralement mais ce n'est pas facile quand on reçoit sept menaces de mort. Ce n'est jamais simple. Je trouve qu'il est très courageux de continuer à venir au lycée et de continuer à vouloir faire vivre le journal".

"Si ça ce n'est pas du harcèlement…"

Face aux menaces, Louis aimerait être protégé physiquement. Il demande donc une protection policière. Mais depuis janvier la direction de ce lycée est mal à l'aise et a imposé de la discrétion. Le rectorat lui peine à réagir et l'enquête policière piétine. "Najat Vallaud-Belkacem explique que son premier combat à l'école est le harcèlement et si sept menaces de mort ce n'est pas du harcèlement je me demande ce que c'est. L'Education nationale et le rectorat nous ont complètement laissé de côté malgré les nombreux mails qu'on leur a adressé", regrette-t-il.

Alors c'est pour alerter que des enseignants comme Pascale Morel ont exercé leur droit de retrait ce jeudi. "Ce qui a provoqué la colère des professeurs c'est le sentiment d'impunité pour les auteurs de ces actes. Puisque finalement, pour eux, comme rien n'est visible, il ne se passe rien. Il faut donc que les choses soient plus symboliques et plus rapides", enjoint-elle. A noter que la suite à la mobilisation de jeudi une délégation de parents d'élèves et de professeurs sera reçue ce vendredi matin au rectorat de Créteil.

M.Ricard avec B.Bolo et A.Manoli