RMC

Mettre des photos de ses enfants sur Facebook: "Les parents ont besoin d'un apprentissage des réseaux sociaux!"

-

- - AFP

En Autriche, une jeune fille de 18 ans a décidé d'attaquer ses parents en justice pour avoir posté plus de 500 photos d'elle sur Facebook. On la voit notamment bébé, en couches ou sur le pot. Des photos qu'elle juge embarrassantes et que ses parents ne veulent pas retirer… Selon la chercheuse Fatima Aziz, spécialiste des usages sociaux des images sur Facebook, il faudrait former les parents au lieu de leur faire peur.

Etes-vous du genre à poster sur les réseaux sociaux des photos de vos bambins sur le pot? Méfiance, il y a tout de même quelques dangers qui peuvent être limités, à condition de maîtriser les codes des réseaux sociaux. Fatima Aziz, chercheuse à l'EHESS sur ce thème a livré son analyse à RMC.fr.

"Les parents ont besoin d'un apprentissage quand il s'agit de se servir de Facebook quand on publie des contenus, surtout de leurs enfants. Mais il faut promouvoir un apprentissage au lieu de sanctionner les parents et leur faire peur avec les prédateurs sexuels. Ca ne résout rien, ça alimente une panique! L'appel de la gendarmerie sur ce sujet alimente un discours alarmiste, il faut proposer un plan d'action.

Il y a vraiment un manque de conscience et de prise en main des parents. Certains ne savent pas se servir des réseaux sociaux, des applications, ils veulent tester expérimenter. Les adolescents ont le goût de l'expérimentation et le font collectivement. Les adultes se sentent un peu seuls, ont un peu plus de honte de demander de l'aide donc sont plus réticents à apprendre les usages. On ne peut pas apprendre à se servir de ces nouveaux outils sans les tester. Il faudrait par exemple proposer un guide de bonnes pratiques qui évoluera avec le temps et les technologies.

"Les parents plus vieux débarquent et ne maîtrisent pas les codes implicites"

La plupart des jeunes parents, qui ont un usage de 5 ou 6 ans des réseaux sociaux sont plus vigilants. Ils ont rencontré peut-être leur premier amour sur Facebook ou Twitter et ceux-là ont acquis un usage des réseaux sociaux, et ils sont plus vigilants que les parents plus vieux qui débutent sur les réseaux sociaux et ne maîtrisent pas les codes implicites.

Le problème ce n'est pas la photo en soi, ce sont les éléments périphériques par exemple le nom de l'école, le nom de la personne avec qui l'enfant se trouve, la géolocalisation, ce sont ces éléments qui vont renseigner sur l'enfant. Si on arrive à faire attention à réduire ces éléments, on peut réduire les risques de diffusion des images d'enfants. Ces informations sont plus dangereuses que l'image en soi. La solution est entre nos mains. Il n'y a pas de solutions concrètes à part ces quelques astuces techniques. 

"Les technologies ne sont pas conçues pour protéger la vie privée"

Les dangers actuels, c'est que s'il y a une fuite on ne peut pas éviter la mise en ligne d'une photo. On ne peut pas éviter sa diffusion. Il peut y avoir des rediffusions, des captures d'écran, on ne peut pas contrôler la diffusion. Et ce n'est pas parce que les parents sont feignants, c'est aussi parce que les technologies d'aujourd'hui ne sont pas conçues pour protéger la vie privée.

La démarche des parents de l'Autrichienne était une démarche un peu classique: on constitue son album de famille et on y met toutes les étapes de la vie de leur enfant. L'idée était de constituer un album de famille qu'on croit partager uniquement avec le cercle des amis proches. Mais sur les réseaux sociaux ce n'est plus le cas, on ne peut pas partager des images sans faire attention avec qui on les partage".

P.B.