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Michèle Alliot-Marie quitte le gouvernement

Michèle Alliot-Marie s'était forgée une réputation de Dame de fer à la française en passant par tous les ministères régaliens tout au long d'une carrière à la longévité exceptionnelle. Poussée à quitter ses fonctions de ministre des Affaires étrangères, c

Michèle Alliot-Marie s'était forgée une réputation de Dame de fer à la française en passant par tous les ministères régaliens tout au long d'une carrière à la longévité exceptionnelle. Poussée à quitter ses fonctions de ministre des Affaires étrangères, c - -

Michèle Alliot-Marie s'était forgée une réputation de Dame de fer à la française en passant par tous les ministères régaliens tout au long d'une carrière à la longévité exceptionnelle. Mais elle n'était pas inoxydable.

Poussée à quitter ses fonctions de ministre des Affaires étrangères, cette figure d'un gaullisme traditionnel passé de mode sous la présidence de Nicolas Sarkozy a trébuché sur le "printemps arabe" et ses amitiés tunisiennes.

Nommé il y a seulement un peu plus de 100 jours au Quai d'Orsay, elle aura résisté jusqu'au bout à l'idée de démission en affirmant ne pas comprendre ce qui lui est reproché.

Fidèle de l'ex-président Jacques Chirac, elle a appartenu à tous les gouvernements de droite depuis 2002 sans pour autant avoir donné son nom à de grandes réformes.

"Si elle est restée aussi longtemps c'est avant tout parce qu'elle incarne le RPR canal historique", estime un familier des cabinets ministériels en faisant allusion au parti créé par le prédécesseur de Nicolas Sarkozy.

Michèle Alliot-Marie, 64 ans, a vu son rêve d'accéder au poste de Premier ministre s'envoler lors du remaniement du 14 novembre. Elle n'a dû à l'époque sa nomination au ministère des Affaires étrangères qu'au refus d'Alain Juppé et de Jean-Louis Borloo de remplacer Bernard Kouchner.

Elle a cependant été accueillie dans un premier temps avec bienveillance par les diplomates français.

"Après les ministres calamiteux qu'ont été Philippe Douste-Blazy et Bernard Kouchner, on pensait avoir avec elle une vraie professionnelle", témoigne l'un d'eux.

PREMIÈRES

Adepte du tailleur pantalon, cette femme élégante à la mise stricte, au maintien un peu raide, voir martial, au sourire un rien crispé, regard bleu derrière des lunettes et chevelure blonde coupée court, avait gagné le respect des militaires, à la tête du ministère de la Défense.

Celle que tout le monde surnomme "MAM" est restée cinq ans, de 2002 à 2007, à ce poste qu'aucune femme n'avait occupé jusque-là en France.

Après quelques velléités de tenter sa chance à l'élection présidentielle - elle affronte alors Nicolas Sarkozy avant de jeter l'éponge - elle a la tâche malaisée de succéder en 2007 à ce dernier au ministère de l'Intérieur. Une autre première.

Son arrivée en juin 2009 au ministère de la justice apaise provisoirement une magistrature en ébullition après le passage mouvementé de Rachida Dati au poste de Garde des Sceaux.

Elle connaît cependant une première alerte quand elle doit limoger un collaborateur, David Sénat, soupçonné de fuites sur le dossier de l'héritière de L'Oréal Liliane Bettencourt, qui coûteront son portefeuille au ministre du Travail Eric Woerth.

Le 14 novembre, fait sans précédent sous la Ve République, elle est rejointe au gouvernement par son conjoint Patrick Ollier, chargé des Relations avec le Parlement et ex-président à l'Assemblée nationale d'un groupe d'amitié avec la Libye, où il était un des contacts de Paris avec le régime Kadhafi.

Quelques semaines plus tard, c'est avec lui qu'elle va en Tunisie pour les fêtes de fin d'année alors que commencent les émeutes qui conduiront à la chute du président Zine ben Ali.

Elle y profite de l'avion privé d'un homme d'affaires tunisien de ses amis, lié au régime, Aziz Miled, à qui ses parents, qui sont du voyage, achètent un appartement.

ISOLÉE

Au Quai d'Orsay, où elle paraît surtout avoir été nommée par défaut, parce qu'elle paraît ne pas y faire d'ombre à Nicolas Sarkozy et aux conseillers qui conduisent avec lui la politique étrangère française, la déception succède vite à l'engouement.

La polémique autour de ses vacances tunisiennes écorne son image de rigueur. Son offre maladroite du savoir-faire français en matière de maintien de l'ordre à un régime tunisien aux abois avait alors déjà accentué le malaise de diplomates qui se sentent maltraités par le pouvoir.

Les autres ministres ne soutiennent "MAM" que du bout des lèvres et les voix s'élèvent dans la majorité pour demander, comme l'opposition, le départ d'une ministre des Affaires étrangères devenue inaudible sur la scène internationale.

Habituée des allées du pouvoir, elle avait occupé ses premiers postes ministériels en 1986-88 (Secrétaire d'Etat à l'Enseignement et 1993-95 (Jeunesse et Sports).

Diplômée de droit, de sciences politiques et d'ethnologie, elle avait créé la surprise en 1999 en se faisant élire à la présidence du RPR par les militants du mouvement gaulliste, avant de consentir en 2002 à se fondre dans l'UMP.

Aujourd'hui, sans enfants, repliée sur son cercle familial, elle paraît bien seule malgré le club qu'elle a créé en 2006, Le Chêne, pour tenter de relancer le mouvement gaulliste.

Il lui reste le Pays Basque, où elle a commencé en politique dans les pas de son père, Bernard Marie, qui a longtemps fait la pluie et le beau temps à Biarritz.

Elue députée des Pyrénées-Atlantiques à toutes les élections législatives de 1986 à 2002 et maire de Saint-Jean-de-Luz en 1995, elle est encore première adjointe de cette municipalité.

REUTERS