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Migrants en Hongrie: "Je veux rentrer chez moi, c'est trop dur"

Jeune migrant syrien à la frontière entre la Hongrie et la Serbie.

Jeune migrant syrien à la frontière entre la Hongrie et la Serbie. - Attila Kisbeneek - AFP

Ce sont plus de 70 corps de migrants qui ont été retrouvés jeudi dans un camion sur une autoroute d'Autriche, ont annoncé ce vendredi les autorités du pays. Illustration morbide du drame des migrants qui affluent comme jamais dans les pays d'Europe de l'ouest, débordés. En Hongrie, RMC a recueilli le témoignage de migrants syriens épuisés et découragés.

La "route des Balkans de l'Ouest" fait son premier drame d'ampleur. Plus de 70 corps en décomposition de migrants ont été retrouvés dans un camion, jeudi dans l'est de l'Autriche, sur la bande d'arrêt d'urgence d'une autoroute, près de la frontière avec la Hongrie. Il s'agirait de migrants, probablement originaires de Syrie ou d'Irak fuyant la guerre. La chancelière allemande Angela Merkel a qualifié ce drame "d'avertissement". Elle a lancé un appel pressant à l'Europe pour trouver une issue à la crise des réfugiés qui se pressent par milliers aux frontières de l'Europe. La chancelière a reconnu que les pays des Balkans de l'Ouest, traversés par les flux migratoires, faisaient face à "d'énormes défis".

"Je veux retrouver ma mère, mon université, mes copains"

La Serbie et la Macédoine sont débordées par l'afflux de migrants. En bus, à pied, passant sous les barbelés ou prenant d'assaut les trains, les scènes de chaos se multiplient en Europe orientale à mesure que des milliers de migrants avancent à travers le continent.

Syriens, Afghans, ils ont traversé la Turquie, la Grèce, la Macédoine, la Serbie et maintenant la Hongrie dans le but de rallier l’Europe de l’ouest. Un voyage épuisant, qui finit par en décourager certains. Comme Wissam, un syrien de 18 ans qui fuit son pays en guerre, et qui, après plus de deux semaines sur les routes, n'a plus de force et s'effondre en pleurs. "Je vais rentrer chez moi, c'est trop dur. Je suis fatigué. On a besoin d'eau, de tout. Je veux retrouver ma mère, mon université, mes copains", implore-t-il devant la journaliste de RMC dépêchée à la frontière hongroise.

"Combien de temps vais-je rester en Hongrie ?"

Comme Wissam, nombreux sont les migrants fatigués de cette errance, de ces conditions de vie et du traitement qu’on leur réserve. Hazam est syrien lui aussi, il vient d’être conduit dans un train, affrété par les autorités. "La police nous a dit qu'ils nous emmenaient dans un autre camp. Ca fait déjà deux jours et demi que je suis dans un camp, et là on me dit que ça recommence. Mais combien de temps vais-je rester en Hongrie ?". Hazam a fui la Syrie avec ses trois petites filles. Si Sidra 9 ans, garde le sourire malgré les sept longues semaines de périple, elle confie rapidement son "envie de revoir (sa) maison et (ses) copines". "Je n'aime pas dormir dehors. J'ai peur des insectes", dit-elle de son sourire crispée.

"Arrêtez la guerre et on rentre !"

Tout à coup, un policier rentre dans le wagon. Il veut enregistrer leur numéro. Celui que tous les migrants portent autour du poignet. "Vous voyez, on nous donne un numéro, mais on n'est pas des animaux, s'emporte Hazam. J'en viens à me dire aujourd'hui que si on était resté en Syrie et qu'on avait tous été tué par une bombe, ça aurait toujours été mieux que ça". Il l'assure, il n'a "pas envie de rester ici".

"Je voudrais retrouver mon pays. Arrêtez la guerre et on rentre !", implore-t-il. "On avait une vie très bien là-bas. Je suis commerçant, j'ai deux voitures et deux maisons. Je m'en fiche moi de vivre en Allemagne, je m'en fiche". Pourtant, Hazam va continuer son périple. Il le fait pour ses filles, et espère, malgré tout, pouvoir atteindre l'Allemagne pour enfin, se poser.

Philippe Gril avec Marie Régnier