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"Moi, Jinan, 18 ans, emprisonnée et torturée par Daesh"

RMC a recueilli ce mardi le témoignage de Jinan, jeune yézidi de 18 ans qui a été enlevée en Irak par Daesh, dont elle a été l'esclave pendant plusieurs semaines avant de réussir à prendre la fuite. Elle a raconté son calvaire et demandé l'aide internationale pour son peuple kurde.

Elle a été l'esclave de Daesh durant 11 semaines. 11 semaines de tortures et de travail forcé au service des hommes de l'autoproclamé État islamique. Jinan, 18 ans, habitait aux pieds des monts Sinjar, dans le nord de l’Irak, lorsqu’elle a été enlevée avec plusieurs autres filles de sa communauté en août 2014. Jinan est Yézidi, une communauté religieuse kurde, évidemment rejetée par les hommes de Daesh. C'est lorsqu'elle a tenté avec plusieurs autres familles de quitter son village que Jinan a été capturée.

"Lessives, cuisine... Nous étions leur bonne"

"Nous étions cinquante voitures de familles Yezidi en train de fuir. Quatre voitures armées de Daesh sont venues nous arrêter. Ils ont séparé les hommes des femmes, et aujourd'hui nous ne savons pas ce qu'il est advenu des hommes. Aucun n'est revenu", raconte Jinan, invitée ce mardi de Jean-Jacques Bourdin. La jeune femme raconte qu'elle a ensuite été vendue à deux hommes pour l'équivalent de 8 dollars américains. Son quotidien se transforme alors en enfer. "Nous étions leur bonne : on cuisinait et on lavait les vêtements pour 30 membres de Daesh".

Surtout, "nous avons été obligées de nous convertir à l'islam et nous étions torturées avec de l'électricité si nous refusions. Ils voulaient que nous abandonnions notre religion : ils disaient qu'on avait de la chance d'être dans leur main et que l'islam était le bon chemin. On espérait toujours fuir et revenir dans nos familles".

"Le danger n'est pas loin de vous"

Son calvaire a duré trois mois. Jusqu'à ce qu'elle se sente assez de courage pour fuir, avec cinq autres filles. "Un soir, raconte Jinan, nous avons profité de la fatigue de nos deux maîtres qui revenaient du front. Nous avons fui pendant la nuit. Après plusieurs heures de marches nous sommes arrivées au pied de la montagne Sinjar. Les combattants yezidis nous ont arrêtées pour vérifier que ce n'étaient pas un piège de la part de Daesh. Nous avons passé deux nuits dans la montagne avant de rejoindre le Kurdistan. Les cinq autres filles sont rentrées elles aussi dans leur famille".

Si aujourd'hui Jinan témoigne dans un livre (Moi, Jinan, esclave de Daesh, écrit avec Thierry Oberlé, journaliste au quotidien Le Figaro), et sur RMC, "c'est pour que (son) peuple obtienne une protection internationale", et pour que "soient libérés les prisonniers yézidis". Elle prévient : "Oui la guerre est loin de la France, mais le danger n'est pas loin de vous".

Philippe Gril avec Jean-Jacques Bourdin