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Monsanto condamné en appel: "Il y aura un avant et un après ce procès"

La cour d'appel de Lyon a confirmé jeudi la responsabilité du groupe américain dans l'intoxication d'un agriculteur français qui avait utilisé son herbicide Lasso et qu'il devra indemniser "entièrement".

Pour la première fois, le géant américain des produits phytosanitaires Monsanto est condamné à indemniser un agriculteur victime d'un herbicide. Pour le céréalier Paul François, c'est la fin d'un long combat de plus de 10 ans. En 2004, il a été intoxiqué en inhalant des vapeurs de Lasso, un herbicide de Monsanto aujourd'hui interdit. Depuis, il souffre d'importantes séquelles.

Jeudi, la cour d'appel de Lyon a donné raison à son combat. Elle confirme ainsi le jugement en première instance du tribunal de grande instance de Lyon, qui, en février 2012, avait reconnu responsable Monsanto et l’avait condamné à indemniser entièrement le céréalier charentais. Le montant n'a pas encore été fixé. 

"C’est possible que ce soit historique, il y aura un avant et un après ce procès", confie, ému, Paul François. "Ce combat, il y a bien longtemps que je ne le mène plus que pour moi. Pour tous ces agriculteurs que j’ai rencontrés et qui sont morts, et tous ceux qui sont malades, il fallait mener ce combat. Je continuerai pour que demain, les jeunes agriculteurs ne soient pas impactés comme on a pu être impacté."

"Monsanto espère que je décède avant"

Car Paul François n'est pas le seul à souffrir de maladies liées aux pesticides. RMC a rencontré Jean-Marie Desdions, agriculteur dans le Cher. Lui aussi a engagé une procédure judiciaire contre Monsanto. Il y a 16 ans, il a appris qu'il souffrait d'un cancer de la moelle osseuse. Le début d'un long combat contre la maladie d'abord et depuis 5 ans contre Monsanto

"On en est à la présentation des conclusions, il n'y a pas d’audience", explique Jean-Marie. "Monstanto essaye de reculer au maximum et joue la carte du temps. Je pense qu’ils espèrent que ma maladie reprenne et que je décède d’avant."

"J’ai suivi des traitements, j’ai eu trois greffes de moelle osseuse, des chimiothérapies, radiothérapies", poursuit-il. "On est persuadé que ce sont les produits phytosanitaires."

"Les maladies invoquées n'existent pas"

Alors le jugement qui vient d'être rendu lui donne donc un immense espoir. Pour Maitre Lafforgue, son avocat, "cette décision est exemplaire, et va permettre d’ouvrir une brèche. La parole se libère."

De son côté, la firme Monsanto va se pourvoir en cassation.

"Il y aura un pourvoi", confirme Maître Jean-Daniel Bretzner, l'avocat de Monsanto. "L’arrêt de la cour d’appel de Lyon n’est qu’une étape provisoire. On est loin d‘une défaite ou d’une victoire historique. La décision n’est pas définitive. Une expertise judiciaire a été ordonnée par le tribunal de grande instance. Les conclusions du rapport d’expertise sont que les pathologies invoquées par monsieur François n’existent pas. Il y avait une liste très longue et la réponse est très claire : ces maladies n’existent pas."

Marie Dupin