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Mourad Benchellali: "Le tout répressif n'empêchera pas les départs de Français en Syrie"

Mourad Benchellali, ce jeudi chez Jean-Jacques Bourdin.

Mourad Benchellali, ce jeudi chez Jean-Jacques Bourdin. - Capture RMC Découverte.

Grâce à son intervention chez Jean-Jacques Bourdin le mois dernier, Mourad Benchellali, ex-détenu de Guantanamo qui a connu les camps d'entraînement d'Al-Qaïda en Afghanistan, va être reçu ce jeudi à Matignon et au Sénat, pour faire part de son expérience et donner ses conseils dans le cadre de la lutte contre le jihadisme en France.

Le 17 octobre dernier, invité chez Jean-Jacques Bourdin sur RMC et BFMTV, Mourad Benchellali se disait prêt à témoigner pour stopper les départs de jeunes vers la Syrie ou l’Irak. Il a été entendu. Mourad Benchellali, ex-détenu de la prison de Guantanamo, sera auditionné ce jeudi après-midi au Sénat par la commission d’enquête sur les réseaux jihadistes en France et en Europe. Avant cela, dans la matinée, il est attendu à Matignon pour une rencontre avec un conseiller du premier ministre. Une première pour celui qui a connu les camps d’entraînement d’Al-Qaïda en Afghanistan et qui veut aujourd’hui témoigner auprès des jeunes pour les empêcher de commettre la même erreur.

"Si je peux dissuader un jeune de partir en Syrie…"

Mourad Benchellali, n’apportera pas de remède miracle aux sénateurs. "A mon petit niveau, je souhaite simplement partager mon vécu et aider. Si je peux dissuader un jeune de partir en Syrie, alors j'aurais réussi ma mission", explique-t-il. Mais son message est clair : le tout répressif mis en place aujourd’hui n’empêchera pas la radicalisation et le départ de certains jeunes. Il dénonce notamment cette proposition de retirer la nationalité aux Français qui partent faire le jihad. "Beaucoup de jeunes qui décident de partir en Syrie ne se sentent pas Français, explique-t-il sur RMC. Le message qu'il faut envoyer aux jeunes musulmans, c'est qu'ils ont tous leur place ici dans la République, et que leur religion n'est pas un problème, qu'elle est une composante de leur identité. On est trop dans le répressif, il faut être dans le dialogue".

"Tendre la main"

"Se contenter de régler ce problème par la prison ou par les gardes à vue, sur le long terme, du point de vue de la radicalisation, ce ne sera pas efficace, ajoute-t-il chez Jean-Jacques Bourdin. Mieux vaut prévenir que guérir. Moi, ce qui m'a permis de ne pas me radicaliser, c'est que des personnes m'ont tendu la main et m'ont aidé à me réinsérer. C'est dans ce sens-là qu'il faut aller". "Je dis aux jeunes tentés par le jihad qu'ils se mettent en danger, que sur le terrain, il peuvent être complices d'exactions graves. On peut être sensibles à ce qui se passe en Syrie, mais aller là-bas (faire le jihad) ce n'est pas la solution, ça ne fait qu'aggraver les choses", poursuit-il. Selon lui, les jeunes, particulièrement méfiants par rapport à ce que rapportent les médias, "n'ont pas conscience de ce qui se passe réellement en Syrie. Il y a beaucoup de confusions sur la réalité du terrain".

"Guantanamo est un argument pour recruter des jihadistes"

Mourad Benchellali profitera également de son passage devant cette commission pour demander aux sénateurs de mettre la pression sur les États-Unis afin qu'ils ferment la prison de Guantanamo, promesse non tenue du président américain Barack Obama. "Les politiques devraient avoir le courage de demander la fermeture de Guantanamo, qui est un outil de recrutement pour les groupes les plus extrémistes, explique-t-il dans Bourdin Direct. Ce serait leur enlever cet argument que de fermer cette prison. C'est un système injuste, inefficace et contre-productif pour lutter contre le terrorisme".


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P. Gril avec C. Martelet et JJ. Bourdin