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New jungle de Calais: "Une volonté politique délibérée de ne pas en faire assez"

Le Dr Jean-François Corty, directeur des opérations France de Médecins du Monde, ce mercredi chez Jean-Jacques Bourdin.

Le Dr Jean-François Corty, directeur des opérations France de Médecins du Monde, ce mercredi chez Jean-Jacques Bourdin. - RMC

Le Dr Jean-François Corty, de Médecins du Monde, a dénoncé ce mercredi sur RMC l'attitude des dirigeants politiques français, qu'il accuse de sciemment laisser pourrir la situation des migrants installés dans la new jungle de Calais. Une voix qui fait écho à l'appel des 800 personnalités dans le quotidien Libération.

Les dirigeants politiques laissent sciemment pourrir la situation des migrants installés dans la new jungle de Calais. Alors que 800 personnalités (artistes, intellectuels, responsables d’associations…) lancent ce mercredi dans le quotidien Libération un appel pour un large plan d'urgence "pour sortir la jungle de Calais de l'indignité dans laquelle elle se trouve", le Dr Jean-François Corty, directeur des opérations France de Médecins du Monde, a poussé un coup de gueule contre l'inaction des pouvoirs publics.

6.000 hommes, femmes et enfants vivent aujourd'hui dans ce bidonville à ciel ouvert, aux portes de Calais, dans des constructions en bois pour les plus chanceux, dans des tentes pour les autres. Un chiffre qui a doublé en trois semaines, selon la préfecture. "Ça fait des mois, depuis un an et demi, que le nombre de migrants a vraiment augmenté", rappelle ce mercredi sur RMC le docteur Jean-François Corty.

"Comme un camp de réfugiés d'une zone de conflit"

Il décrit des conditions qui se sont largement dégradées : "Aujourd'hui (dans la new jungle) on a beaucoup de femmes, d'enfants et de personnes malades qui dorment dans des conditions d'insalubrité maximum. Ils ont des difficultés pour avoir accès à de la nourriture en quantité suffisante, à de l'eau potable, et vivent sur un terrain classé Seveso (présence de produits industriels dangereux ou de sols pollués, NDR)". A tel point que la nouvelle jungle de Calais ressemble à ces camps de réfugiés des zones de conflits. "Les associations comme la mienne, nous avons développé des opérations d'urgence comme nous le faisons dans des camps de réfugiés à l'international sur des zones de conflit", raconte le Dr Corty. "Parfois même dans les camps de certains pays étrangers, les conditions sont meilleures que ce que propose la New Jungle".

Sur place, Médecins du Monde a pratiqué 3.000 consultations, soigné 5.600 blessés, et a apporté un suivi psychologique lourd à plus de 1.000 personnes. "Et aujourd'hui, toutes ces personnes se retrouvent dans ces conditions d'insalubrité insupportables", se désole le directeur des opérations France de l'ONG.

"Les politiques sont tétanisés par des enjeux électoraux"

Jean-François Corty, dépité et en colère, ne comprend pas pourquoi la France n'en fait pas plus. "La France est la 6e puissance économique mondiale, et a la capacité et les techniques pour faire en sorte que l'on n'ait pas des milliers de personnes en difficulté pour répondre à des besoins vitaux". "C'est insupportable. On peut proposer autre chose que des tentes dans la sixième puissance mondiale. L'État doit prendre ses responsabilités", dénonce-t-il avant d'accuser : "Il y a une volonté politique délibérée de ne pas en faire plus et pas assez". "On peut faire mieux. Qu'est-ce que ça représente pour la France ? C'est quoi le problème ? Pourquoi ne le fait-on pas ? La volonté politique aujourd'hui est guidée par la peur d'un effet appel d'air, mais on sait que c'est une vue de l'esprit. Les politiques sont peut-être aussi tétanisés par des enjeux électoraux".

Tétanisé ou pas, le ministre de l'Intérieur a prévu de se rendre ce mercredi à Calais. C'est la septième fois qu'il s'y rend depuis sa prise de fonction en avril 2014. Une preuve que la situation ne s'améliore pas.

Philippe Gril avec JJ. Bourdin