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Nouveaux programmes de maternelle: "Plus de ludique, c'est bien"

Les nouveaux programmes s'appliquent dès cette rentrée pour les 2,5 millions d'enfants scolarisés en maternelle.

Les nouveaux programmes s'appliquent dès cette rentrée pour les 2,5 millions d'enfants scolarisés en maternelle. - Eric Cabanis - AFP

Moins d'une semaine avant la rentrée des classes le mardi 1er septembre, les instituteurs de maternelle préparent leurs cours, qui doivent coller aux nouveaux programmes présentés mardi par la ministre de l'Education Najat Vallaud-Belkacem.

Les nouveaux programmes de maternelle, qui vont être appliqués dès cette rentrée ont été présentés mardi par la ministre de l'Éducation, Najat Vallaud-Belkacem, entre autres nouveautés de la rentrée prévue le 1er septembre. Objectif : se recentrer sur le développement de l'enfant quitte à délaisser les stylos et les feuilles. La maternelle devient un cycle à part entière et non plus à cheval avec l'école élémentaire. La grande section n'est plus un "petit CP", suivant l'idée que cette tendance plaçait certains écoliers en échec précoce. Priorité est donnée au langage, à la socialisation et au jeu. Les nouveaux programmes font donc la part belle aux activités ludiques.

Fini les stylos, place à la dînette

Être plus ludique, en pratique, ça donne ça : "Au lieu d'avoir une fiche pour coller quatre gommettes et vérifier que l'enfant sait bien dénombrer, je vais lui demander d'aller dans le coin dinette et de me mettre un couvert pour quatre personnes", explique sur RMC Jeanne, jeune institutrice de maternelle. Les changements annoncés par la ministre ? Elle les accueille positivement. "C'est vraiment accentuer le côté ludique et j'ai trouvé qu'il y avait des points qui étaient mis en valeur et qui méritais de l'être, comme tout le domaine mathématique". 

Le Conseil Supérieur des Programmes a rendu publique cette réforme en mars dernier, mais pour les instituteurs l'heure est venue de s'adapter, alors que dans moins d'une semaine, ce sont plus de 2,5 millions d'enfants qui feront leur rentrée en maternelle. Béatrice elle va faire sa 23ème rentrée avec sa classe de moyennes et grandes sections à Limoges. Elle connait la réforme sur le bout des doigts et selon elle, son avantage, c'est le mode d'évaluation des enfants. "Ça va permettre de reformuler nos évaluations, de les fonder beaucoup plus sur de l'observation. Et les observer dans la continuité c'est plus intelligent parce que l'évaluation ponctuelle au niveau de la maternelle, ce n'est pas du tout adapté", juge-t-elle.

"On sait que quand on organise un jeu, il y a quelque chose derrière"

Alors, mention très bien pour la réforme ? Pas tout à fait. Une chose fait grincer des dents Béatrice, c'est quand la réforme veut donner plus de place aux parents. "On est tous très attentif à l'accompagnement des parents, mais est-ce que c'était nécessaire d'en faire un point particulier ?", interroge-t-elle. "On n'a pas à rendre de compte aux parents là-dessus", juge-t-elle.

"Ces programmes ne sont pas une réelle nouveauté par rapport à ce qu'on faisait avant", juge de son côté Delphine Gau-Segonzac, institutrice en maternelle depuis 12 ans. "Parce qu'il faut casser l'image de la maternelle où soi-disant on ne fait rien, on estime qu'il faut mettre noir sur blanc des programmes. Mais nous on sait que quand on organise un jeu, il y a quelque chose derrière de pédagogique". Alors pour elle, pas question de changer sa manière de faire.

"Le ministère n'a absolument pas prévu de préparer les enseignants"

De toute façon, il va falloir du temps pour que les instituteurs s'adaptent à ces nouveaux programmes, anticipe Sébastien Sihr, secrétaire général du syndicat SNUipp - FSU, premier syndicat de l'école maternelle et élémentaire. S'il estime que ces nouveaux programmes sont "une bonne chose", il dénonce la précipitation du ministère. "Ce sont des programmes de qualité, qui vont aider les élèves à mieux se préparer à l'entrée au CP. Le souci c'est que le ministère n'a absolument pas prévu de préparer les enseignants à mettre en place ces programmes à la rentrée. Contrairement à ce qu'avait annoncé la ministre de l'Éducation dans les médias notamment, le ministère n'a pas mis en place de grand plan de formation pour appliquer ces nouvelles mesures pédagogiques, qui pourtant vont dans le bon sens".

Philippe Gril avec Charlotte Peyronnet et AFP