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Ouverture des archives de Vichy: "On ne découvrira probablement pas de scoops"

L'historienne Sophie Coeuré, ce mercredi chez Jean-Jacques Bourdin.

L'historienne Sophie Coeuré, ce mercredi chez Jean-Jacques Bourdin. - RMC Découverte

Que va changer l'ouverture anticipée des archives de Vichy et de l’après-guerre, autorisée le gouvernement ? Les réponses de Sophie Coeuré, professeur d’histoire à l’Université Paris Diderot, invitée ce mercredi de Jean-Jacques Bourdin sur RMC.

C'était indispensable pour mieux connaître cette période trouble de la France qu'a été le régime de Vichy, entre le 10 juillet 1940 et le 20 août 1944. Sous la pression des historiens qui travaillent sur cette période, François Hollande a autorisé l’ouverture anticipée des archives de Vichy et de l’après-guerre, déclassifiées selon un décret publié le 27 décembre au Journal officiel et consultables depuis lundi 28 décembre. Les archives relatives à la seconde guerre mondiale émanant des ministères des Affaires étrangères, de la Justice et de l’Intérieur sont donc désormais théoriquement accessibles, 70 ans après la seconde guerre mondiale, alors qu'il aurait fallu attendre normalement 2025, voire 2030.

"Comprendre les mécanismes de la collaboration"

Cela va permettre aux historiens de la période contemporaine, comme Sophie Coeuré, professeur d’histoire à l’Université Paris Diderot, invitée ce mercredi de Jean-Jacques Bourdin, de se pencher sur le travail des tribunaux militaires, le travail de collaboration de la police française avec les autorités allemandes, et bien sûr, l'épuration des juifs. "Ce qu'on attend, ce sont des informations plus précises et surtout la connaissance des mécanismes de la collaboration et de l'occupation, notamment comment des fonctionnaires se sont mis au service d'un régime criminel", détaille l'historienne.

Des détails sur le passé de Mitterrand?

"Les archives avaient déjà largement commencé à s'ouvrir, et nous ne trouverons probablement pas de scoops, tempère Sophie Coeuré sur RMC. Mais des dossiers vont s'ouvrir qui concerneront peut-être des personnalités connues". On pense alors à François Mitterrand, dont le passé a été beaucoup commenté. Va-t-on découvrir des choses cachées ? "Sur Mitterrand on a beaucoup cherché, donc probablement non. Mais sur le procès dit de la cagoule – groupe d'extrême droite des années 30 auquel il a été accusé d'appartenir, ce qui n'était d'ailleurs probablement pas vrai -, là les archives vont s'ouvrir".

"L'indignité nationale est réversible, contrairement à la déchéance de nationalité"

L'ouverture de ces archives a une résonance particulière aujourd'hui, en plein débat sur la déchéance de nationalité, à gauche comme à droite d'ailleurs. La députée Les Républicains Nathalie Kosciusko-Morizet s'est déclaré opposée à son inscription dans la constitution, conter l'avis de la majorité de son camp. NKM lui préférant la peine d'indignité nationale, utilisé contre plusieurs dignitaires du régime de Vichy, dont le Maréchal Pétain.

"L'indignité nationale, c'est le crime, et la peine, c'est la dégradation nationale, explique Sophie Coeuré. (L'indignité nationale) c'est une mort civique extrêmement violente: on est privé de ses droits civiques, de l'accès à la fonction publique, le plus souvent de ses biens. Toutefois, la différence avec la déchéance de nationalité, c'est que l'indignité nationale est réversible, une amnistie peut redonner au condamné ses droits. Donc c'est moins durable que la déchéance de nationalité".

Philippe Gril avec JJ. Bourdin