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Paquets neutres: le débat viril mais correct entre un pneumologue et un buraliste

Des paquets neutres factices installés par un buraliste dans son bureau de tabac mardi 8 septembre.

Des paquets neutres factices installés par un buraliste dans son bureau de tabac mardi 8 septembre. - Rémy Gabalda - AFP

Plusieurs centaines de buralistes se sont mobilisés mardi matin à travers la France pour protester contre le paquet neutre, qui pourrait avoir selon eux un impact sur les ventes de tabac. Une bonne chose pour le pneumologue Bertrand Dautzenberg qui a débattu de cette question sur RMC avec le représentant des buralistes Pascal Montredon.

D'un côté, le pneumologue qui veut sauver des vies, de l'autre, le représentant des buralistes qui veut sauver des entreprises. Et au centre des discussions, le mouvement de grogne des buralistes contre l'instauration du paquet neutre, que la ministre de la Santé, Marisol Touraine, envisage de réintroduire dans le projet de loi de Santé. Projet de loi qui sera examiné au Sénat à partir de la semaine prochaine, lundi 14 septembre.

Plusieurs centaines de buralistes étaient mobilisés ce mardi matin à travers la France, faisant exploser des pétards ou déversant des tonnes de carottes devant les préfectures et le ministère de l'Économie à Bercy.

"Le tabac tue la moitié de ses consommateurs"

"Je suis d'accord avec les buralistes quand ils disent que le paquet neutre va diminuer l'attraction de leurs produits, déclare le professeur Bertrand Dautzenberg, sur RMC. Mais moi, (la baisse de la consommation du tabac), c'est mon but. Je rappelle que le tabac est le seul produit de consommation courante qui tue la moitié de ses consommateurs".

"Avec le paquet neutre, on ne va pas du tout faire baisser le tabagisme, objecte Pascal Montredon, président de la Confédération des buralistes. Ce n'est pas en nous faisant disparaître qu'on va résoudre le problème (…). François Hollande est en train de mettre à feu et à sang une profession qui se lève tôt, qui ferme tard, qui ne pense qu'à bosser – entre 60 et 80h par semaine, et on nous stigmatise encore et toujours".

"Qu'on aille faire la guerre aux petits trafiquants"

Car les buralistes paient, il est vrai, un lourd tribut à la lutte contre le tabagisme: conséquence des hausses continues du tabac et de la concurrence d'Internet et du marché noir, 1.041 bureaux de tabacs ont fermé leurs portes partout en France l'an dernier. "Le professeur Dautzenberg nous dit: 'tant pis si les fumeurs vont acheter leurs cigarettes à l'étranger, sur Internet ou dans les réseaux mafieux, on aura fait quelque chose'. Mais on aura rien fait baisser du tout", insiste-t-il chez Jean-Jacques Bourdin. 

Pascal Montredon propose une autre piste pour faire baisser le tabagisme chez les jeunes, ou freiner leur entrée dans le tabac : "Qu'on aille faire la guerre aux petits trafiquants qui proposent à la sortie des collèges et des lycées des paquets de cigarettes quasiment 30, 40 ou 50% moins chers".

Le buraliste, "premier fournisseur des cigarettes aux enfants"

Le professeur Dautzenberg lui rétorque que "la majorité des élèves achètent leurs cigarettes chez le buraliste, qui est donc le premier fournisseur des cigarettes aux enfants, en contradiction avec la loi".

"On n'est pas parfait, concède Pascal Montredon. Mais franchement tous les buralistes sont parents ou grands-parents, et vous croyez qu'ils auraient envie de voir leurs gamins fumer ? C'est scandaleux de dire ça. Le tabac est un produit légal qui doit être vendu".

"Je note avec plaisir que monsieur Montredon ne fume pas et ne veut absolument pas que ses petits-enfants fument", glisse le pneumologue. "Fumer c'est dangereux", acquiesce le buraliste, qui répond: "La nature a horreur du vide, si demain il n'y a plus de buralistes, vous croyez vraiment (qu'il n'y aura plus de fumeurs) ?".

P. Gril avec JJ. Bourdin