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Paris: les migrants de la Chapelle déjà de retour

Moins d'une semaine après avoir été expulsés, une centaine de migrants clandestins du quartier de La Chapelle, à Paris, sont toujours sans hébergement et errent quelques rues plus loin dans des conditions encore plus difficiles.

Un campement de migrants démantelé, un autre se crée. Une partie des migrants de La Chapelle, à Paris, est de retour dans la rue. Leur camp, situé sous le métro aérien dans le quartier de la Chapelle à Paris, avait été démantelé la semaine dernière, le mardi 2 juin. 300 d'entre eux, éligibles au droit d'asile, ont été relogés dans des centres d'accueil pour demandeurs d'asile, et ont été pris en charge de manière durable par la mairie de Paris. Les autres, emmenés dans des centres d'hébergement d'urgence ont été priés de partir après trois nuits. Depuis, ils n'ont plus d'endroit où dormir.

Ils sont près d'une centaine, Soudanais et Érythréens pour la plupart, à s'être installés à quelques centaines de mètres seulement de l'ancien campement. Sans tentes, confisquées lors du démantèlement, ils vivent à même le sol au niveau de la halle Pajol, dans le 18ème arrondissement de Paris.

"Je dors par terre, sans rien"

"C'est une honte, c'est la première fois de ma vie que je vois ça", se désole Alex sur RMC, en observant le regard vide les cartons, les couvertures de survie, les matelas qui s'amassent de nouveau autour de lui. Ce jeune Erythréen vivait depuis peu dans le camp de la Chapelle quand il a été évacué. Il a rendez-vous dans un mois à la préfecture de Paris pour sa demande d'asile, En attendant, il erre sur le parvis de la halle Pajol. Aucun hébergement ne lui a été proposé. "Je dors par terre, sans rien. Il y a des gens qui nous amènent à boire et à manger, c'est difficile mais c'est mieux que rien".

Sur place, l'aide s'organise grâce à la solidarité de riverains. Ainsi de Célia, qui vit à quelques mètres du nouveau campement, et qui est venue avec ses enfants et un Caddie rempli de nourriture. "On est venu apporter du thon, des sardines, du lait, des jus, de l'eau et des petites cuillères. C'est compliqué de ne rien faire quand on habite à côté", explique-t-elle. Si la situation la scandalise, Célia reconnaît la difficulté de gérer le problème des migrants: "Je ne sais pas sur qui on peut rejeter la faute. Le problème est plus global et compliqué que de juste s'arrêter au fait que la préfecture de Paris les a expulsés".

"C'est la prérogative du gouvernement"

Désemparés devant la situation, les élus locaux en appellent à l'État. "C'est quand même la prérogative du gouvernement de gérer l'hébergement d'urgence et les situations comme ça, estime Hugo Touzé, élu du 18ème arrondissement. Il faut absolument traiter le problème de ces migrants de la Hall Pajol". Et la situation risque de se dégrader encore dans les prochains jours selon lui: "Certains migrants de l'ancien camp de La Chapelle sont encore accueillis dans des hôtels en banlieue parisienne mais dans quelques jours, ils se retrouveront, eux aussi, dans la rue".

Philippe Gril avec Marie Monier