RMC

Pensions alimentaires impayées: "Un énorme coup de comm' de la part du gouvernement"

-

- - AFP

En France, la pension alimentaire moyenne est de 170 euros par enfant et par mois. Mais dans de très nombreux cas de séparations, celles-ci ne sont pas versées ou elles le sont de manière irrégulière. C'est pourquoi, la Gipa (Garantie contre les impayés de pensions alimentaires) de la CAF est généralisée à parti de ce vendredi 1er avril.

Du nouveau pour les familles monoparentales a qui le conjoint ne paye plus de pension alimentaire. A partir de ce vendredi, la CAF étend sur tout le territoire un dispositif permettant de lutter contre les parents qui ne versent pas de pension alimentaire à leur conjoint ou ex-conjoints. Concrètement, la loi du 4 août 2014 avait instauré une garantie contre les impayés de pensions alimentaires (Gipa). Depuis ce dispositif était simplement en test dans une vingtaine de départements. A compter de ce vendredi 1er avril, il est généralisé à toute la France.

Son principe est très simple: désormais, les caisses d'allocations familiales pourront faire des saisies sur salaires des parents indélicats, pour recouvrer jusqu'à deux ans d'impayés de pensions alimentaires. Auparavant, ces mesures ne pouvaient concerner que six mois d'impayés. Mais qu'est-ce que ce nouveau dispositif peut changer pour les familles monoparentales? Exemple avec Sonia qui a un fils de 17 ans et une fille de 15 ans à charges et qui se bat depuis une quinzaine d'années pour toucher ce qui lui est dû.

"Une satisfaction"

"Je perçois 200 euros par mois pour les deux enfants au lieu de 500 euros, témoigne-t-elle sur RMC. J'ai beau porter plainte pour non-paiement de pensions alimentaires, je n'ai eu aucun retour". Conséquence: "Tous les mois je galère, confie Sonia. En réalité, c'est moi qui assume toutes les charges". Car son ex-mari ne verse qu'une petite partie de la pension. Alors que, désormais, la CAF puisse recouvrer jusqu'à deux ans d'impayés, ce serait une véritable bouffée d'oxygène pour cette mère de famille.

"Ce n'est pas une revanche mais plutôt une satisfaction. Je pense que cela peut aussi donner confiance à d'autres femmes qui ont tourné la page, estime-t-elle. Elles pourront se dire 'J'assume tout et je ne demande pas de pension alimentaire'. Je pense donc que cela peut ouvrir des portes". Toutefois, avant de se réjouir trop vite, Sonia attend que l'intégralité de la pension soit versée sur son compte. En effet, elle déjà été déçue par l'administration, impuissante face à la mauvaise volonté du père de ses enfants. Mais Daniel Lenoire, président de la CNAM (la Caisse nationale d'assurance maladie) l'affirme, cette fois la CAF a décidé de mettre les moyens.

"Aucune marge de manœuvre"

"Nous avons renforcé la capacité des caisses. Nous avons aujourd'hui 22 services régionaux avec 330 personnes spécialement en charge de cela, soit 130 personnes en plus", certifie-t-il. Insuffisant toutefois selon les associations de défenses des familles monoparentales. "C'est un énorme coup de comm' que le gouvernement se paye sur le dos des plus démunis", ne décolère pas Stéphanie Lamy, co-fondatrice du collectif abandon de famille-tolérance zéro.

Elle considère en effet que "si la Caf n'arrive déjà pas à recouvrer six mois, je ne vois pas comment ils vont pouvoir recouvrer deux ans. Certes, ils ont embauché 100 personnes mais vu le nombre de dossiers, cela ne suffit pas. Il n'y a aucune marge de manœuvre."

Maxime Ricard avec Claire Checcaglini