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Phénomène du cosplay: "Mon costume Batman m'a pris deux ans et 3.000 euros"

Un cosplayeur lors de la Japan Exop, le 2 juillet 2014.

Un cosplayeur lors de la Japan Exop, le 2 juillet 2014. - Fred Dufour - AFP

A l'occasion de la Paris-Manga, des milliers de personnes vont se rendre Porte de Versailles pour célébrer la culture japonaise. Certaines d'entre elles, appelées cosplayers, arpenteront les allées du salon affublées de costumes. En plein développement, le cosplay fait de plus en plus d'adeptes en France.

Mickael, cosplayer et organisateur sur différents salons:

"A la base, je n'avais pas une passion pour le cosplay, mais pour le cinéma. Un jour, quelqu'un est venu chez moi et a vu mon costume de Predator, que j'avais fabriqué pour un court métrage. Il m'a proposé que je fasse un salon avec. A l'époque, il n'y avait que la Paris-Manga. Je m'y suis d'abord rendu en tant que spectateur, puis six mois plus tard avec mon costume de Predator. C'est là que tout a commencé.

Le milieu du cosplay est avant tout une petite famille fermée. A la base, c'était un truc de solitaire. Ce que nous vivons actuellement en France au niveau du cosplay, c'était ce qu'il se passait aux Etats-Unis il y a dix ans. Avant on se moquait quand on voyait quelqu'un en costume, on se disait 'mais pourquoi il est habillé comme ça?', maintenant on comprend qu'il y a un salon ou une convention dans le coin.

En France, on s'en sort très bien, même si c'est compliqué d'en vivre. Pour dix femmes cosplayeuses, il y a un homme qui arrive à s'en sortir financièrement. Certains font le tour de l'Europe pour faire des shootings, essayent de vendre des calendriers, mais ce n'est pas suffisant.

"90% sont soit des chômeurs, soit des étudiants"

Si un cosplayer a un beau costume, qui peut faire l'actualité, il faut qu'il fasse des shootings photos et se fasse repérer. Moi, par exemple, Game of Thrones est venu me chercher pour que je fasse un Marcheur blanc dans le cadre d'un spot promotionnel pour la COP21. Après, ça marche surtout par le bouche-à-oreille. Pour une mission de ce type, j'ai été payé 400€. L'avantage que j'ai, c'est que peu de monde a de beaux costumes.

En général, pour que les cosplayers puissent se faire des sous, on les met sur des stands lors des salons. Il ne faut pas se voiler la face, 90% des cosplayers sont soit des chômeurs, soit des étudiants, du coup ça leur permet de se faire un petit revenu. Si ces gens-là peuvent travailler, je les fais bosser.

"Mon costume Batman, j'ai mis deux ans à le faire"

Le temps et le coût d'élaboration d'un costume est relatif à celui-ci. Plus il y a de détail, plus ça prend du temps. Les cosplayers débutants s'orientent vers le papier de mousse, tandis que les confirmés font des moulages de leurs costumes, pour gagner du temps. Par exemple, sur mon costume Batman, j'ai mis 2 ans à le faire et près de 3.000 euros. Piccolo, au contraire, j'ai mis deux semaines.

Ça coute cher à partir du moment où il y a des ratés. Au bout de 3 ou 4 mois, certains abandonnent parce qu'ils ratent trop de choses, et ils se découragent. Après, il y a de plus en plus de cosplays qui sont réalisés à partir de papercraft, ça limite les erreurs. Il suffit d'imprimer son patron sur Internet, et il n'y a plus qu'à découper en fonction du modèle et à monter son costume.

"J'en ai vu photographier les fesses de cosplayeuses"

Le monde du cosplay a été agité par plusieurs polémiques, notamment concernant les femmes. On a souvent reproché aux gens de ne pas supporter que des femmes rondelettes se costument, qu'on leur préférait des femmes plus maigres, parfois aussi beaucoup moins habillées.

Il y a aussi le problème des photographes, ceux qui prennent en photo sans demander l'autorisation, ceux qui te tirent pour que tu puisses faire une photo, ceux qui prennent les cosplayeuses de manière perverse. J'ai déjà vu quatre ou cinq photographes s'allonger au sol pour photographier les fesses de cosplayeuses.

C'est une relation ambiguë, parce que sans les photographes, les cosplayeurs ne se rendent pas dans les salons et les conventions, et inversement. On a une véritable bataille en ce qui concerne les droits à l'image aussi. Je me rappelle d'une photographe qui avait envoyé des photos en basse qualité à une cosplayeuse, elle devait payer pour les récupérer en HD. Ce n'est pas normal, il n'y avait qu'elle sur les photos. Mais les choses commencent à évoluer.

Florian Huvier